A qui profite l’accord de libre-échange Equateur-UE ?

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Libération | 1 janvier 2017

A qui profite l’accord de libre-échange Equateur-UE ?

par Vittorio De Filippis

En marge des méga-accords, tel celui en cours de négociation avec le Canada (Ceta), ou encore celui mis entre parenthèses avec les Etats-Unis (Tafta), l’Union européenne continue d’allonger sa longue liste des alliances et autres traités préférentiels commerciaux paraphés avec de nouvelles contrées.

Le dernier en date, et qui est enté en vigueur ce 1er janvier, était dans les starting-blocks depuis plusieurs années. Signé à la mi-novembre à Bruxelles entre Rafael Correa, le président équatorien de gauche, et Cecilia Malmström, la commissaire européenne en charge du Commerce, ce tout dernier accord de libre-échange vient s’ajouter à celui que l’UE avait déjà récemment topé avec le Pérou et la Colombie.

Selon les services de la commissaire européenne chargée du commerce, «l’accord avec l’Equateur permettra de supprimer les droits de douane sur tous les produits industriels et de la pêche. Il permettra aussi d’élargir l’accès au marché pour les produits agricoles, d’améliorer l’accès aux marchés publics et aux services, et de réduire davantage les obstacles techniques au commerce». Un accord «gagnant-gagnant», estiment les deux parties.

Banane.

A terme, une fois qu’elle sera totalement opérationnelle, cette entente commerciale permettra d’économiser 206 millions d’euros par an en droits de douane du côté des exportateurs de l’UE et plus de 240 millions d’euros du côté des exportateurs équatoriens. Certes, la Commission européenne n’hésite pas à qualifier l’accord d’asymétrique. Mais elle explique le caractère volontaire d’un tel déséquilibre, «conçu pour répondre aux besoins de développement de l’Equateur».

En novembre 2015, le Parlement européen avait exigé du gouvernement équatorien qu’il s’attaque à des problèmes liés au travail des enfants, au droit des femmes ou encore à la déforestation. Ces problèmes ont été «en grande partie» résolus au travers d’un plan d’action durable de l’Equateur, souligne le Parlement. Mais il était un autre dossier à régler pour que les députés européens acceptent de donner leur approbation à cet accord commercial UE-Equateur : celui de la banane. Les eurodéputés ont exigé l’application d’un mécanisme de sauvegarde pour protéger les producteurs de bananes de l’UE.

Le monde de la banane se divise en deux clans. D’un côté, la banane produite dans les zones d’influence politique des Etats-Unis (Amérique du Sud, Centrale et Caraïbes). Non seulement l’Equateur en fait partie, mais il pointe en outre à la première place mondiale du classement des pays exportateurs de bananes. Ce sont celles dites «dollars» ou «chiquitas», surtout importées en Amérique du Nord.

Sauvegarde.

De l’autre côté, les bananes des pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) produites dans les anciennes colonies françaises et britanniques et qui sont essentiellement importées en Europe. Le mécanisme de sauvegarde vise donc à protéger ces derniers. Mais la France, l’Espagne ou encore le Portugal ne cachent pas leurs craintes, estimant que cet accord risque de fragiliser encore un peu plus les producteurs de bananes ACP. Pas de quoi inquiéter ceux qui préfèrent souligner l’importance des échanges bilatéraux de marchandises, toutes catégories confondues, entre l’Union européenne et l’Equateur et qui ont représenté un volume de 4,6 milliards d’euros en 2015.

source: Libération