Brexit/Maroc: Un ALE en préparation

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L’Economiste | 9 octobre 2018

Brexit/Maroc: Un ALE en préparation

Par Nadia DREF

Un coup d’accélérateur aux investissements britanniques au Royaume

- Tourisme, textile, industrie, efficacité énergétique… Les secteurs prioritaires
- Déblocage de 3 milliards de livres pour soutenir les entreprises désirant exporter ou s’implanter au Maroc

Une quinzaine d’entreprises britanniques ont participé à une mission économique organisée par la Britcham et l’OCP à Laâyoune en mai dernier. Parmi les opérateurs présents figurent, CDE Global, première société d’équipement de traitement par voie humide au monde pour le sable et les granulats et MMD Mineral Sizing, multinationale spécialisée dans la conception-fabrication d’équipements et services de calibrage pour l’industrie minière, métallurgique et autres industries. L’un des groupes, qui ont fait le déplacement, vient de conclure un accord avec l’OCP pour la fourniture d’équipements pour l’industrie minière (Ph. Britcham)

Créer de nouvelles opportunités commerciales avec les futurs investisseurs. Telle est la mission de la Chambre de commerce Britannique au Maroc (Britcham) qui vient de renouveler le mandat de son président Mohamed Raihani (président d’honneur de Vivo Energy Maroc) et de Ilham Bennis au poste de directeur général.

L’enjeu est grand: Développer le volume des échanges entre le Royaume-Uni et le Maroc en multipliant les opportunités de business dans chaque marché par le biais de services de soutien, de sensibilisation, d’information, de réseautage et d’affaires.

Surtout à l’approche du futur accord de libre-échange post-Brexit qui est en cours de préparation. Cet accord devra être entériné en 2020 vu que 2019 sera une année de transition pour le Royaume-Uni. Le ministre chargé du département Agreement du Brexit a effectué récemment une visite au Royaume pour examiner les opportunités avec la partie marocaine.

En préparation de la nouvelle zone de libre-échange entre le Maroc et le Royaume-Uni post-Brexit, la Britcham vient d’adopter un plan d’action 2018-2021 visant à baliser le terrain pour créer l’environnement adéquat à de nouveaux accords bilatéraux.

Ce qui passe à travers l’organisation de nombreuses missions et événements liés directement aux secteurs d’activité majeurs, susceptibles de donner une vraie valeur ajoutée aux deux pays. La Britcham ne fait pas cavalier seul, elle «travaille très étroitement avec le gouvernement britannique par le biais de l’Ambassade, Consulat et DIT», précise Ilham Bennis.

Sur le volet tourisme, plusieurs chantiers sont ouverts. Un des derniers exemples en date est le déplacement d’un membre de l’Association des agents de voyages britanniques (ABTA) qui a rencontré Lamiae Boutaleb, secrétaire d’Etat au tourisme ainsi que plusieurs opérateurs de premier plan.

«Nous avons pu convaincre l’Abta d’organiser au Maroc son symposium annuel qui va réunir 3.000 tour-opérateurs. Ce qui représente une bonne opportunité pour les professionnels marocains du Tourisme afin de nouer de nouveaux partenariats win-win», confie Ilham Bennis. Et d’ajouter: «Notre seul obstacle est l’aérien. Il faut travailler sur une solution durable et efficace, car l’aérien doit se développer pour attirer plus de touristes britanniques». L’industrie n’est pas en reste.

La Britcham organisera prochainement une troisième visite d’hommes d’affaires britanniques, en partenariat avec OCP Group, axée, cette fois-ci, sur l’efficacité énergétique. Cette opération fait suite à une mission business organisée, en mai dernier, par la chambre et l’OCP pour une délégation d’hommes d’affaires britanniques.

Objectif: diversifier les fournisseurs du géant mondial des phosphates et contribuer au développement économique du Sahara. A ce titre, une entreprise a décroché un grand contrat de fournitures de matériel industriel avec l’OCP, quatre mois seulement après ce voyage d’affaires.

Notons que la première visite de ce genre s’était concentrée sur le site de Jorf Lasfar et la plateforme minière de Khouribga. Elle s’inscrit dans le cadre du programme d’investissement de 21 milliards de dollars (2008-2025) du groupe phosphatier. Ces missions commerciales interviennent également au moment où les autorités britanniques viennent d’annoncer le déblocage de 3 milliards de livres sterling pour soutenir les entreprises souhaitant exporter leurs produits ou s’installer au Maroc.

Côté éducation, un accord a été signé en juillet dernier pour permettre la mise en place d’une mission britannique au Maroc. Quatre écoles seront créées à Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech. Des discussions seront bientôt entamées avec des investisseurs marocains qui ont manifesté leur intérêt.

Régionalisation

La Britcham fêtera bientôt son centenaire. Pour une meilleure couverture territoriale, «la Britcham prévoit de régionaliser sa présence sur le territoire, à travers la signature d’accords de partenariats avec des acteurs économiques régionaux. La première région visée est celle de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, de par le développement qu’a connu cette région durant ces dernières années, lui permettant de se positionner comme opportunité de taille pour les investisseurs marocains et étrangers», fait valoir Ilham Bennis. La chambre veut y attirer des entreprises opérant dans l’automobile et le textile. Des discussions sont bien avancées avec plusieurs donneurs d’ordre britanniques (Mark&Spencer, Arcadia, Asda…) pour redynamiser le secteur du tourisme. Afin de faciliter l’accès au Royaume-Uni, un service visa complet, depuis le dépôt des dossiers jusqu’à la récupération des passeports, en passant par la biométrie, a été mis en place à Casablanca.

Un partenariat passé au crible

L’Institut royal des études stratégiques (IRES) a lancé début 2018 une étude sur les relations entre le Maroc et le Royaume-Uni à l’aune du Brexit. Les conclusions finales n’ont pas encore été dévoilées. Cette étude porte sur trois aspects majeurs. Il s’agit de la compréhension des soubassements du Brexit et le discernement des enjeux multidimensionnels qu’il suscite. Les experts passeront également au crible l’appréciation qualitative des impacts directs et indirects de la sortie du Royaume-Uni de l’UE sur les économies européennes, en particulier et sur la construction européenne en général. Le troisième axe concerne l’examen des effets directs et indirects du Brexit sur le Maroc et l’esquisse des pistes de réflexion au sujet des leviers de politique étrangère que le Maroc pourrait déployer, aussi bien durant le processus de négociation du Brexit que lors de la phase post-Brexit. D’autres aspects ont été abordés par les résultats préliminaires de l’étude, dont l’importance de promouvoir la coopération entre les deux pays dans les secteurs d’avenir à forte valeur ajoutée.

Ce que peut apporter le Brexit au Maroc

Ilham Bennis, DG de la Britcham (Ph. Britcham)

- L’Economiste: Les échanges commerciaux et investissements restent en deçà de la qualité des relations politiques entre le Maroc et le Royaume-Uni. Comment fructifier davantage les flux dans les deux sens?
- Ilham Bennis: Le Royaume-Uni est aujourd’hui le 7e partenaire commercial du Maroc et le 15e fournisseur. Nous sommes le 5e partenaire commercial européen après la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne avec 2,47 milliards de dollars par an. Au niveau des échanges commerciaux, le Royaume-Uni exporte vers le Maroc des produits pétroliers, lubrifiants, voitures, moteurs électriques ou encore des machines et produits chimiques. Les importations britanniques consistent essentiellement en vêtements, câbles pour électricité, engrais naturels, produits chimiques, et légumes. Entre 2013 et 2016, la balance commerciale a été au profit du Maroc mais Rabat et Londres sont résolus à coopérer davantage. Fin mars dernier, une enveloppe budgétaire de 3 milliards de livres sterling (ndlr: plus de 37 milliards de DH) a été allouée par les autorités britanniques pour soutenir les entreprises souhaitant exporter leurs produits ou s’installer au Maroc. La Britcham multiplie les réunions et les échanges avec les investisseurs britanniques pour les attirer au Maroc.

- Quels sont les challenges et opportunités du Brexit pour le Maroc?
- Le Brexit constitue un tournant dans les relations avec le Maroc. Il pourrait être une opportunité pour renforcer les liens économiques entre les deux pays. D’ici la sortie définitive du Royaume-Uni de l’UE, les avantages fiscaux et tarifaires prévus par les dispositions douanières de l’accord d’association entre le Maroc et l’UE continueront de s’appliquer. Lorsque la sortie sera actée, la signature d’un nouveau traité bilatéral sur la question douanière peut être envisagée. Rabat et Londres pourraient alors créer une zone de libre-échange commune, d’autant plus que le Maroc est une porte d’entrée sur l’Afrique. Pour les entreprises britanniques qui souhaitent s’implanter en Afrique ou gagner en compétitivité, je n’ai qu’un message: le Maroc dispose de sérieux atouts et souhaite réellement impliquer les entreprises britanniques dans certains de ses projets africains, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de la finance où il bénéficie d’un haut niveau d’expertise. Il faut noter que la Grande-Bretagne a récemment créé un département dédié pour gérer les relations post-Brexit entre la Grande-Bretagne et les pays tiers (hors UE). Sur ce registre, la Britcham a d’ores et déjà entamé les négociations avec ce département pour définir les clauses du contrat qui régira les échanges commerciaux entre les deux pays.

- Justement comment impliquer davantage les entreprises britanniques?
- Aujourd’hui, près de 150 usines de vêtements travaillent pour les marchés britanniques. Au total, 30.000 salariés travaillent dans des entreprises locales engagées dans des affaires avec la Grande-Bretagne. Ces chiffres peuvent croître rapidement, j’en suis convaincue. Preuve en est l’enveloppe budgétaire de 3 milliards de livres sterling allouée par les autorités britanniques pour soutenir les entreprises qui prévoient d’exporter leurs produits ou s’installer au Maroc. Londres et Rabat ont un destin en commun.

Propos recueillis par Nadia DREF

source: L’Economiste