Cette nuit en Asie : Trump n’obtient qu’une révision à la marge de l’accord commercial avec la Corée

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Photo: AP / Evan Vucci

Les Echos | 25 septembre 2018

Cette nuit en Asie : Trump n’obtient qu’une révision à la marge de l’accord commercial avec la Corée

par Yann Rousseau

En plein bras de fer avec Pékin, les Etats-Unis signent une version amendée de leur pacte économique avec Séoul, qui n’a presque rien cédé.

Il y a un an, Donald Trump promettait une révolution commerciale. Il dénonçait « l’horrible » accord de libre-échange négocié par l’administration Bush avec Séoul à la fin des années 2000 et promettait, encore, de mettre fin à ce « désastre » qui avait « détruit l’industrie américaine » et des milliers d’emplois dans les usines des Etats-Unis. Il pointait le déficit commercial de 17 milliards de dollars enregistré en 2016 par l’Amérique avec son sixième plus grand partenaire.

Ce lundi, le président américain a annoncé que Washington et Séoul venaient de signer une nouvelle version de ce pacte, initialement entré en vigueur en 2012. « Je suis très heureux de ce nouvel accord commercial. Et c’est un accord entièrement nouveau. Ce n’est pas un ancien texte réécrit », a insisté Donald Trump à l’occasion d’un entretien, à New York, avec Moon Jae-in, le président sud-coréen. « C’est un grand jour pour les Etats-Unis et un grand jour pour la Corée du Sud », a proclamé le chef de l’Etat, qui cherche, en pleine guerre commerciale avec la Chine , à négocier des accords bilatéraux avec les principaux partenaires économiques des Etats-Unis.

Face à tant d’enthousiasme, Moon Jae-in a poliment salué un texte qui s’impose comme « une preuve tangible de la solidité de la relation entre nos deux pays ». Le dirigeant sud-coréen sait que la révision, louée par son homologue, ne modifie qu’à la marge l’ancien pacte dont ont bénéficié ses exportateurs.

Relèvement du quota de voitures américaines

Particulièrement obsédée par la faible présence des marques automobiles américaines sur le marché sud-coréen, l’administration de Donald Trump se réjouit d’avoir obtenu, dans le texte amendé, une hausse du quota de voitures américaines pouvant être écoulées en Corée du Sud sans être adaptées aux standards de sécurité locaux. Jusqu’ici, chaque constructeur américain n’avait le droit d’exporter chaque année vers la Corée du Sud que 25.000 voitures respectant seulement les standards américains. Avec le nouveau traité, ce quota annuel passe à 50.000 unités.

Mais, notent les analystes, aucune des grandes marques américaines, telles que Ford ou GM, ne vend actuellement plus de 10.000 voitures par an en Corée du Sud, où le marché est dominé par les constructeurs locaux Hyundai et Kia. « En 2017, les exportations américaines de véhicules n’ont atteint au total que 52.607 unités. Une augmentation du quota ne devrait pas avoir d’impact », soulignent, dans une note, les chercheurs du CATO Institute.

Tarifs douaniers

Par ailleurs, l’équipe de Trump se félicite d’avoir prolongé de vingt ans le tarif douanier de 25 % imposé aux modèles de pick-up fabriqués en Corée du Sud. Initialement, cette taxe, destinée à protéger les marques américaines qui réalisent une large partie de leur chiffre d’affaires sur ce segment, aurait dû être levée en 2021. Ce report n’aura aucun impact sur le déficit commercial américain puisque les marques coréennes n’exportent pas de pick-up vers les Etats-Unis. Mais il va les contraindre à organiser l’assemblage de ces modèles dans leurs usines américaines.

En échange de ces « concessions », la Corée du Sud va voir ses sidérurgistes échapper aux récentes hausses des tarifs douaniers sur les importations d’acier imposées par les Etats-Unis. Les producteurs coréens vont toutefois devoir limiter légèrement leurs exportations à un volume correspondant à 70 % du montant annuel moyen réalisé entre 2015 et 2017. Un plafond qui ne devrait pas bouleverser leurs activités. Les groupes coréens seront par contre soumis aux nouveaux tarifs sur l’aluminium.

Apaisement

En se prêtant au jeu de la renégociation et en acceptant des modifications à la marge du grand pacte de la fin des années 2000, Séoul a le sentiment de s’offrir à bon prix une trêve avec Donald Trump qu’elle redoutait de braquer en pleine phase de dialogue avec la Corée du Nord.

En marge de l’annonce de la révision du traité commercial, le président américain a d’ailleurs a encore salué l’apaisement des tensions dans la péninsule coréenne et la perspective d’une dénucléarisation complète de l’arsenal nord-coréen. Si Pyongyang ne s’est jamais engagé à abandonner unilatéralement ses bombes atomiques, Donald Trump semble convaincu qu’il serait décidé à le faire.

« Le président Kim a vraiment été très ouvert, et, honnêtement, il a été formidable », a commenté, lundi, le locataire de la Maison-Blanche. « Je pense qu’il veut vraiment que quelque chose se passe », a-t-il poursuivi, confirmant la tenue prochaine d’un second sommet après leur premier face-à-face de juin à Singapour. « Ce sera un format similaire, probablement dans un lieu différent » et dans « un avenir pas si lointain », a-t-il précisé.

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source: Les Echos