De l’huile sur le feu

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Le Courrier | 6 mars 2018

De l’huile sur le feu

par Laura Drompt

L’huile de palme. Sa nocivité, son coût écologique et social. Sa concurrence avec des produits locaux et plus durables. Son usage industriel immodéré, son discrédit auprès de la population… Et pourtant, l’huile de palme est au cœur d’un accord de libre-échange avec la Malaisie, qui vise l’abolition des tarifs de douane et pourrait faire chuter le quintal de 204 à 82 francs. Bien au-dessous de notre huile de colza indigène (248 francs le quintal). Bonne nouvelle: mercredi dernier, le Conseil national a accepté – à une majorité écrasante, mêlant des voix de tous les bords politiques – une motion de l’UDC Jean-Pierre Grin (VD) demandant à retirer l’huile de palme de l’accord en cours de négociation.

Face aux questions des parlementaires, le ministre de l’économie, Johann Schneider-Ammann, a répliqué que la motion en question risquait de torpiller l’accord dans son ensemble. Il a ainsi évoqué que «sans certaines exportations, il n’y a plus d’échange» et martelé que ses services menaient une politique rationnelle. «Il y a des partenaires de l’autre côté de la table qui ont, eux aussi, des idées et des aspirations auxquelles nous devons répondre, que cela nous plaise ou non. Si nous n’aimons pas cela, nous n’avons qu’à rester ici, entre nos quatre murs.» Marche ou crève, en somme, les formes en plus.

Les parlementaires ont alimenté un feu nourri d’interrogations. Qui sur les effets délétères pour les petits paysans. Qui sur le paraquat, un pesticide hautement toxique et utilisé à larges doses en Malaisie. Qui sur l’incitation à la malbouffe que cela pourrait engendrer. Aucune réponse satisfaisante et concrète n’y a été apportée lors de ce débat et les élues et élus n’ont pas cédé.

A l’heure où les logiques vertueuses nous poussent à encourager les circuits de proximité, la vente directe et les produits locaux, l’acharnement à signer des accords de libre-échange pour importer à bas coûts d’aussi piètres produits ne se justifie que pour les géants de l’industrie suisse en quête de nouveaux marchés. Petits paysans et intérêt social versus exportations de masse: de quel côté faire pencher la balance des négociations? En haut lieu, la question se pose, à lire le contenu de ces accords. Reste à voir si le Conseil des Etats, qui devra à son tour se prononcer, suivra la tendance du National ou si les intérêts économiques de certains l’emporteront sur tous les risques.

source: Le Courrier