L’accord de partenariat économique Cameroun-UE toujours critiqué

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Journal du Cameroun | 11/08/2016

L’accord de partenariat économique Cameroun-UE toujours critiqué

Par Journalducameroun.com avec Deutsche Welle

Une partie de l’opinion conteste le déséquilibre de la relation commerciale qui tend à favoriser l’UE, tandis qu’une autre le problème réside dans l’abandon, par le Cameroun, de la stratégie régionale

Il y a quelques jours, le 4 août, un accord de partenariat économique liant le Cameroun à l’UE est entré en vigueur. Il est le seul pays d’Afrique centrale à avoir opté pour cette voie, une stratégie critiquée.

Le démantèlement des barrières douanières vient juste de commencer, et se fera progressivement, sur les quinze prochaines années - mais la durée de l’accord, elle, est illimitée. C’est sur le long terme, justement, qu’il est difficile d’établir les conséquences de cet accord de partenariat économique (APE), en matière de production et d’emploi, notamment. Mais certaines menaces sont dénoncées depuis plusieurs années, dès la signature de l’accord, en 2009; en premier lieu, la perte des recettes douanières, très importantes pour le pays.

Les spécialistes, comme le juriste Evaristus Njong, soulignent le déséquilibre de la relation commerciale: "l’un, le Cameroun, propose des produits agricoles, des matières premières. (L’UE) propose, elle, des produits manufacturés. Il n’y a pas d’équilibre dans les échanges." D’où la crainte, très répandue d’une invasion de produits européens manufacturés, fortement subventionnés.

Abandon de la stratégie régionale

D’autant que le Cameroun a sauté le pas en dépit des consignes de la Communauté économique des États d’Afrique centrale, la CEMAC étant favorable à une stratégie régionale. Jean Paul Fouda Ottou, de l’Interprofession avicole (IPAVIC) du Cameroun refuse de baisser les bras et déplore le choix défendu par le président Paul Biya: "Monsieur Biya, qui se voit mourir au pouvoir, se voyait dans la contrainte de donner une contrepartie. Il passe, quitte à être un Etat voyou dans la zone CEMAC, quitte à avoir tous les Etats voisins sur le dos. Aujourd’hui donc, on dit qu’on ne doit plus percevoir tous les droits de douane sur les produits venus d’Europe. Mais ils sont sérieux?" , s’énerve Fouda Ottou qui a mené campagne contre la mise en œuvre de l’Accord, depuis sa ratification en 2014.

Des critiques entendues aussi à l’international, à l’image du député allemand Uwe Kerkeritz: selon lui, seul face aux pressions européennes, le Cameroun ne faisait pas le poids: "L’Union européenne a toujours réussi à diviser l’Afrique. Au-delà même des espaces commerciaux régionaux. Dans les pays, les hommes politiques ont agi selon leurs intérêts. C’est pourquoi les grandes puissances ont recours à ces accords bilatéraux, qui permettent de diviser les pays entre eux." D’autres pays pourraient céder aux pressions européennes, car plusieurs États d’Afrique de l’ouest et centrale ont signé l’APE régional, mais aucun ne l’a encore ratifié, la dernière étape avant la mise en œuvre. Ces Etats doivent le faire d’ici au premier octobre, menace l’Union européenne, sans quoi la Côte d’Ivoire ou le Ghana, par exemple, perdront leurs droits d’accès privilégiés au marché européen, dont ils bénéficiaient en vertu d’accords plus anciens.

Au lendemain de l’entrée en vigueur de l’APE au Cameroun, plusieurs voix se sont faites entendre qui dénonçaient le choix opéré par le Cameroun. Le ministre gabonais de l’Economie, Régis Immongault, avait affirmé à certains confrères que l’accord entre le Cameroun et l’UE est «inapplicable» car il "remet en cause l’union douanière au sein de la Cémac".

L’accord d’étape concerne les produits entièrement obtenus dans l’Union européenne ou ceux possédant des matières qui n’y ont pas été entièrement obtenues, mais qui y ont été des transformations, sont considérés comme originaire de cette région.

Il s’agit, entre autres, des : « animaux vivants qui y sont élevés, les produits minéraux extraits de leurs sols ou fonds de mer ou d’océan, les produits fabriqués à bord de leurs navires-usines, les produits du règne végétal qui y sont récoltés. », le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, dans un décret publié le 03 août.

Ces marchandises sont libres de circulation entre les parties citées si elles sont visées de la mention «déclaration d’origine» et accompagné d’un certificat de circulation des marchandises EUR.1-CMR délivré par les autorités douanières et les organismes des pays exportateurs.

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