L’accord UE-Chili sur les produits bio dénoncé comme illogique

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EurActiv | 12 mai 2017

L’accord UE-Chili sur les produits bio dénoncé comme illogique

par Sarantis Michalopoulos

L’accord commercial sur le bio conclu entre l’UE et le Chili a déclenché un débat sur l’empreinte carbone liée au transport de tels produits.

L’Union européenne et le Chili ont conclu le mois dernier des négociations sur un accord commercial de produits biologiques. Dans le cadre de cet accord, Santiago et Bruxelles reconnaitront mutuellement l’équivalence de leurs règles de production biologique et de leur système de contrôle et s’assureront d’un haut niveau de respect du principe de production biologique ».

Tous les produits bio européens sont inclus dans l’accord en échange de la protection des logos de l’agriculture biologique. « Cela permettra aux produits fabriqués et contrôlés selon les règles européennes d’être directement placés sur le marché chilien et vice et versa », a déclaré l’exécutif dans un communiqué.

Accords commerciaux de « nouvelle génération »

Un porte-parole de la Commission a déclaré que l’accord était le premier d’une « nouvelle génération d’accords ». « C’est un accord véritablement réciproque qui facilite l’accès au marché aux exportations européennes et rehaussera la transparence et la sécurité juridique », a déclaré un responsable de l’UE.

Jusqu’à maintenant, la reconnaissance de l’équivalence a été octroyée à des pays tiers via des arrangements administratifs. Actuellement, 12 pays tiers sont reconnus comme étant des pays équivalents : États-Unis, Canada, Suisse, Japon, République de Corée, Israël, Inde, Argentine, Costa Rica, Australie, Nouvelle Zélande et Tunisie.

L’accord sera probablement approuvé par le Parlement européen en juin ou juillet, mais a déjà suscité la controverse vis-à-vis du caractère durable de tels accords commerciaux sur les produits bio.

Contradiction fondamentale

Plusieurs eurodéputés, à l’origine favorables au libre-échange, s’opposent à cet accord puisque les produits bio sont censés limiter l’empreinte carbone et être durables du point de vue des ressources.

Par exemple, si des produits bio sont importés en UE par avion ou pas bateau, l’empreinte est bien évidemment beaucoup plus élevée que dans le cas d’une production locale pour une consommation locale.

L’eurodéputée socialiste et vice-présidente de la commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire, Daciana Sârbu, a rappelé que l’un des avantages des aliments biologiques est que leur production avait un très faible impact environnemental, surtout si le produit est ensuite commercialisé au niveau local.

« Les circuits courts sont aussi plus adaptés aux légumes et aux fruits, car ils permettent de préserver leur qualité », a-t-elle assuré, ajoutant que transporter des aliments biologiques à travers le monde pour être vendus à des milliers de kilomètres de leur lieu de production « annule les avantages environnementaux de l’agriculture biologique et la qualité d’aliments frais ».

Daciana Sârbu a été plus loin en disant que les accords commerciaux conclus par l’UE devraient prendre pleinement en compte les facteurs environnementaux, économiques et sociaux pour ne pas nuire à d’autres politiques.

« La Commission européenne devrait en faire davantage pour promouvoir la production biologique au sein de l’UE et répondre ainsi à une demande croissante », a-t-elle insisté.

Les agriculteurs bio pensent que la production bio et les circuits courts devraient toujours être privilégiés mais que ce n’est pas possible pour tous les types de produits.

« Certains de ces produits ne peuvent pas être cultivés avec les climats européens », soutient Eric Gall, directeur adjoint de la Fédération européenne des agriculteurs biologiques (IFOAM UE).

« Importer des produits bio de pays comme le Chili permet de diffuser des mode de production durables, ce qui contribue à l’amélioration de l’environnement et de la santé des agriculteurs dans le reste du monde », a-t-il ajouté.

Demande croissante

Un porte-parole de la Commission a rappelé que la législation européenne ne comprenait aucune exigence en ce qui concerne l’empreinte carbone des produits biologiques.

Selon lui, de nombreux efforts ont été faits dans le cadre du second pilier sur le développement rural pour encourager l’agriculture biologique dans l’UE.

Le problème selon lui est que la demande croît de manière disproportionnée. « Le marché augmente plus vite que la production. Les consommateurs et les industries réclament de plus en plus de produits biologiques que la production interne ne peut pas fournir », a-t-il indiqué, soulignant le fait que pour l’instant, l’écart entre l’offre et la demande ne pouvait être comblé que grâce aux importations.

source: EurActiv