La folie de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC)

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SOL | 25 juin 2017

La folie de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC)

par Jacques Berthelot (jacques.berthelot4@wanadoo.fr)

La feuille de route de la Zone de Libre-Echange Continentale (ZLEC) a été adoptée par l’Union africaine (UA) en 2012 et la décision de lancer les négociations en juin 2015 lors du 25ème Sommet de l’UA, avec pour objectif une mise en place d’ici fin 2017. TRALAC a publié la liste des documents officiels liés aux négociations sur la ZLEC1 et, en dernier lieu, les Ministres africains du commerce ont décidé le 16 juin 2017 à Niamey de libéraliser 90% des lignes tarifaires avec des flexibilités à négocier sur les 10% restantes pour les produits sensibles et à exclure2.

Cet objectif est une folie totalement irréaliste de l’UA, soutenue par la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (UNECA). Alors même que les Communautés économiques régionales (CER)3 d’Afrique sub-saharienne (ASS) sont très loin d’avoir mis en oeuvre leur législation sur la libre circulation des produits et des hommes et sur leurs tarifs extérieurs communs, vouloir étendre immédiatement ces objectifs à tout le continent ne peut que conduire au désastre. Ainsi le Secrétaire général de la CNUCED, Mukisha Kituyi, a-t-il déclaré le 29 septembre 2016, lors du Forum public de l’OMC, : "J’ai eu le privilège de rencontrer 16 présidents africains pour parler de la ZLEC et me réjouis qu’un grand nombre de dirigeants politiques croient à l’avenir et à la nécessité d’une intégration africaine"4. Pour Lily Sommer et David Luke, deux des principaux experts de la CEA, : "La date limite de finalisation de l’accord ZLEC en 2017 est ambitieuse ... Toutefois, la mise en œuvre en temps voulu de la ZLEC est cruciale, en particulier dans le contexte des ALEMR et de leur évolution vers la réciprocité"5.

Fascinée par les accords de libre-échange méga-régionaux (ALEMR) comme le TTIP (TAFTA), le TTP et le CETA6, l’UA montre ses muscles en prétendant faire encore mieux entre ses 55 Etats7. Mme Fatima Haram Acyl, Commissaire au commerce et à l’industrie de l’UA, a déclaré lors de la première réunion du Forum de négociation de la CFTA, le 22 février 2016 : "L’apparition de méga-accords commerciaux régionaux continue de menacer l’accès des marchés africains aux principaux marchés, réduisant sévèrement leurs préférences commerciales liées à l’AGOA et à TSA [Tout Sauf les Armes], et il semble que cette tendance va continuer à s’accélérer. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que le destin de l’Afrique est à nouveau entre ses propres mains. Même si nous ne sommes pas capables de contrôler ce qui se passe à l’OMC ou dans les ALEMR, ce que nous faisons de la CFTA est entièrement entre nos mains"8. Ceci est une illusion et contraire aux leçons de l’histoire qui montre que tous les pays développés d’aujourd’hui ont atteint leur position concurrentielle grâce à une forte protection à l’importation sur l’agriculture et les industries naissantes et, en plus, ils ont bénéficié (et bénéficient encore) d’énormes subventions, pour ne pas parler de l’exploitation coloniale des pays du Sud, en particulier de l’Afrique subsaharienne (ASS) pendant des siècles. Comme l’a déclaré Mamadou Cissokho, Président honoraire du ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles d’Afrique de l’Ouest), au Forum public de l’OMC en septembre 2014 : "Tous les pays qui se sont développés ont commencé par créer les conditions nécessaires pour le faire à travers la protection des importations et ce n’est qu’après qu’ils ont ouvert leurs marchés à d’autres pays. On ne peut demander aujourd’hui à l’Afrique d’être le premier exemple qui montre que c’est en ouvrant d’abord ses marchés qu’elle va se développer".

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source: SOL