La réouverture de l’ALENA inquiète le milieu culturel

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Le Devoir | 7 juin 2017

La réouverture de l’ALENA inquiète le milieu culturel

par Caroline Montpetit

Ce sont les lois québécoises et canadiennes qui ont permis l’émergence d’une industrie culturelle québécoise, au cours des dernières décennies, que ce soit dans le domaine de la musique, de la cinématographie ou de l’édition. Or, ces lois, qui protègent et stimulent la créativité québécoise, pourraient être remises en question par la réouverture de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), perpective dont discutaient mardi une brochette de représentants du milieu culturel, réunis à Montréal par l’ADISQ et la Coalition pour la diversité culturelle.

Ce sera notamment le cas si survient, comme plusieurs le craignent, l’abolition de l’exemption culturelle qui permet de donner un peu d’air aux productions nationales pour concurrencer les gros canons, surtout américains. Par exemple, depuis sa création il y a 50 ans, Téléfilm Canada a investi 3,3 milliards de dollars dans 6200 productions, dont 2000 longs métrages, avançait Sylvie Lussier, auteure et présidente de la SARTEC, la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma.

C’est ce qui a permis entre autres au cinéma québécois d’atteindre 20 % de part de marché, durant les belles années, ajoute-t-elle.

Le monde du livre

Dans le monde du livre, les mesures de protection canadiennes, doublées de la loi québécoise sur le livre, ont permis aussi à la production québécoise d’occuper quelque 50 % de part de marché.

Si la réouverture de l’ALENA en vient à permettre aux librairies américaines de vendre des livres aux bibliothèques québécoises, ce serait catastrophique pour le livre d’ici, poursuit Pascal Assathiany, directeur des éditions du Boréal et président de l’Association nationale des éditeurs de livres.

M. Assathiany a rappelé que la grande majorité des livres publiés au Québec se vendent à un nombre limité d’exemplaires, mais trouvent leur place dans les bibliothèques québécoises. « C’est ça aussi, la diversité », dit-il.

L’émergence d’un secteur

Dans le monde de la musique, l’aide québécoise à la production a permis l’émergence de tout un secteur d’industrie local, sans parler des quotas de contenu francophone garantis par le CRTC. Mentionnons par ailleurs que le CRTC a décidé il y a déjà longtemps de ne pas réglementer le secteur numérique.

Dans ce contexte, la réouverture de l’ALENA est inquiétante pour le milieu culturel, car il est prévisible que le gouvernement de Donald Trump demande l’abolition de l’exception culturelle. N’a-t-il pas dit qu’il voulait mettre l’ALENA à l’heure du XXIe siècle ? relève la juriste Véronique Guèvremont, qui a donné une conférence sur les enjeux de sa réouverture pour le secteur culturel.

Mardi, les acteurs invités s’entendaient pour dire qu’une « volonté politique » ferme est nécessaire pour résister aux tentatives de libéralisation des échanges dans le milieu culturel qui pourraient être réclamées par le gouvernement américain.

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source: Le Devoir