Les patrons européens veulent une relation « ambitieuse » avec l’Afrique

Billets d’Afrique | juillet 2018

Les patrons européens veulent une relation « ambitieuse » avec l’Afrique

par Achille Maillé-Dancourt

Depuis 2000, les relations politiques et commerciales entre l’Union européenne et les pays africains sont régies par l’Accord de Cotonou, qui prévoit, entre autres, la mise en place d’accords de partenariat économique (APE). L’accord devait développer économiquement la région par la mise en œuvre d’une politique néolibérale plus stricte. Mais force est de constater que, presque deux décennies plus tard, et alors qu’il touchera à son terme en 2020, la situation n’est guère reluisante et les exilés économiques continent d’arpenter les routes souvent périlleuses.

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Dans un document de mai 2018, BusinessEurope, le puissant lobby patronal européen, dont fait partie le MEDEF, a exprimé sa déception que l’Accord de Cotonou n’ait pas permis aux entreprises européennes d’augmenter significativement leurs activités sur le continent africain. Il met notamment en cause le fait que seul l’APE avec le bloc économique d’Afrique australe soit en application, les autres groupement régionaux résistant encore à leur ratification, du fait d’un déséquilibre évident en faveur de l’Union.

BusinessEurope appelle donc à la création d’une « nouvelle dynamique » dans le cadre des négociations de l’accord post-Cotonou, qui débuteront au cours de l’été 2018. Pour le lobby patronal, le nouveau partenariat doit être « ambitieux » et renforcer la relation « privilégiée » entre l’Europe et l’Afrique.

La position exprimé par BusinessEurope s’inscrit dans la rhétorique néolibérale, selon laquelle le libre-échange et un marché efficace sans obstacles (comprendre par obstacle toute régulation d’intérêt public telle que le soutien à une industrie locale ou la protection des travailleurs et de l’environnement) amèneront la prospérité alors que plusieurs décennies de ce type de politiques n’ont cessé de prouver le contraire, engendrant des inégalités croissantes.

Les patrons européens préconisent un langage fort pour la mise en œuvre des APE et l’ouverture des discussions prévues par les clauses dites de rendez-vous, qui visent une libéralisation encore plus accrue. Ils citent particulièrement les services, l’investissement, les règles de compétition, l’accès aux marchés publics et la propriété intellectuelle. Tant d’enjeux qui accentueraient davantage la mainmise des multinationales européennes sur le continent africain.

Des clauses étendues sur l’investissement, par exemple, accordent des droits considérables aux multinationales étrangères, sous couvert d’un vocabulaire se voulant inoffensif, comme le traitement équitable ou un environment juridique stable. Ces entreprises peuvent ainsi avoir un accès privilégié aux ressources naturelles et aux terres, et contester toute nouvelle loi d’intérêt général devant un tribunal arbitral international, si elles estiment que la dite loi nuirait à ses profits. Pour se justifier, BusinessEurope affirme que ce système favorise l’investissement direct étranger, alors que de nombreuses études sur ce sujet ont produit des analyses bien plus ambiguës.

Le message est clair. Les relations à venir entre l’Union européenne et l’Afrique doivent être centrées autour du secteur privé, dont le rôle devrait, selon le lobby, s’étendre « au-delà de la simple consultation ». BusinessEurope recommande ainsi la mise en place d’un dialogue institutionnalisé entre les grandes entreprises et les décideurs politiques, estimant que les compagnies opérant sur le continent sont les plus à même à identifier les reformes nécessaires. Les réformes envisagées se feront-elles pour le bien de tous, et non d’une minorité ? L’histoire récente atteste du contraire.