Premières manifestations contre l’accord avec le Mercosur

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Ouest France | 28 novembre 2017

Premières manifestations contre l’accord avec le Mercosur

par Xavier Bonnardel et André Thomas.

Les éleveurs protestent contre les importations de boeuf envisagées depuis le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Qui veulent aussi placer volaille, porc et éthanol.

La Commission européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) souhaitent boucler en décembre, à Buenos Aires, les grandes lignes d’un accord de libre-échange. Initiées en 1999, ces négociations ont achoppé en 2004, pour reprendre en 2010. À chaque fois, le volet agricole s’est révélé brûlant.

Les éleveurs français de bovins se sentent en première ligne. À l’appel de la Fédération nationale bovine (FNB), ils manifestent ce mardi. « Nous voulons alerter le consommateur sur un double discours insupportable, explique Pierre Vaugarny, secrétaire général de la FNB. D’un côté, les pouvoirs publics demandent aux agriculteurs européens de produire plus blanc que blanc. Et de l’autre, ils donnent le feu vert à des marchandises qui ne respectent pas les normes sanitaires, environnementales et sociales en vigueur en Europe. »

« Effondrement du prix »

Les éleveurs viennent déjà d’encaisser l’accord de libre-échange Ceta, qui ouvre la porte à 68 000 t de viande bovine canadienne. Ils redoutent maintenant le KO : le Mercosur pourrait en exporter 100 000 t en Europe. Un volume qui s’ajouterait aux « 235 000 t déjà importées en 2016 par l’Union européenne en provenance des pays d’Amérique du Sud », comptabilise Baptiste Buczinski, de l’Institut de l’élevage (Idele).

« Le contingent d’importation porte sur les morceaux à forte valeur ajoutée (aloyau, filet...). On peut redouter un effondrement du prix de l’ensemble de la carcasse », pointe Eric Chapelle, directeur de la FNB. Selon l’Idele, le coût de production d’un kilo de carcasse de viande bovine en Amérique du Sud « est inférieur de 20 à 50 % » au coût européen, grâce « au très faible coût de la main-d’oeuvre, à l’élevage en feed-lots(unités d’engraissement de 10 000 à 30 000 têtes de bovins), qui dilue les charges », détaille Baptiste Buczinski. L’économiste relève aussi « l’absence de normes sur les effluents, sur le bien-être animal ». Selon lui, des « failles dans la traçabilité et les contrôles » pourraient aussi laisser passer entre les mailles du filet des animaux dopés aux antibiotiques facteurs de croissance.

Les ambitions du Mercosur, dont l’agriculture est un fer de lance à l’export, ne s’arrêtent pas à la viande bovine. Du côté des biocarburants, le Brésil vise un contingent de 600 000 tonnes d’éthanol, coproduit du sucre qu’il domine grâce à sa culture de la canne. Ce serait l’équivalent de 40 % de la production française, réalisée, elle, à partir de betterave sucrière. Or celle-ci est en plein boum en Europe du fait de la fin des quotas européens de production. Et si le sucre lui-même est hors négociation, soixante types de produits hautement sucrés (sirops) seront évoqués.

Autre secteur pouvant être fragilisé, la volaille. 78 000 t de filets (et non de carcasses) s’ajouteraient aux 500 000 t déjà exportés par le Brésil. Une catastrophe selon la filière française, qui se fait déjà plumer le marché de la restauration hors foyer par les poulets low-cost polonais. Un problème de même ordre se posera pour le porc. Que l’Europe puisse, en contrepartie, exporter des voitures ne fait pas l’affaire des agriculteurs français, qui refusent d’être les sacrifiés de l’accord global.

source: Ouest France