Réunion : Paul Vergès en appelle à la mobilisation générale

CLICANOO.COM | le 23 novembre 2007

Paul Vergès en appelle à la mobilisation générale

Le temps d’une conférence de presse organisée par la Région Réunion, la problématique des Accords de Partenariat Économique entre Union Européenne et États ACP est devenue une affaire de salut public, Paul Vergès dispensant, non sans ironie, un condensé d’histoire régionale et de prospective planétaire, pour expliquer la nécessaire préservation des intérêts réunionnais mis en péril par la libéralisation des échanges...

La Commission européenne et les représentants des États ACP membres de l’Eastern and Southern African Region (ESA), ont “dealé” la semaine dernière, le principe d’arrangements transitoires, en attendant de finaliser, avant la fin de l’année 2008, un Accord de Partenariat Économique (APE) actuellement refusé par nombre de pays de la zone ESA, qui craignent de voir leurs économies s’effondrer avec l’ouverture totale de leurs barrières douanières aux exportations européennes. C’est aujourd’hui que les pays concernés par le futur règlement commercial présentent ce que les Mauriciens nomment un “Framework Agreement formel” à la Commission européenne, laquelle devrait valider le 10 décembre prochain, les listes de produits et activités jugés sensibles par les diverses parties prenantes. Dans ce vaste champ de négociation, sur fond de concurrence internationale et de considérations géopolitiques, La Réunion aimerait bien faire entendre sa petite voix, portée par le gouvernement français. Si l’enjeu de ces accords a bien été perçu par la Région Réunion qui, rappelle Paul Vergès, dialogue avec ses interlocuteurs régionaux, nationaux et européens depuis 2003, force est de constater avec Jean-Raymond Mondon, le président du Comité économique et social, que La Réunion est “trop souvent arrivée à Bruxelles comme l’armée mexicaine” et qu’il serait temps de parler d’une seule voix.

“NOUS ENTRONS DANS UN MONDE DANGEREUX ET CRUEL”

Le CESR peut se féliciter d’avoir été entendu, car un projet de courrier commun “État/Région Réunion/Réunion Économique/CESR” circule actuellement entre ces différentes institutions avant d’être transmis au gouvernement. Ce courrier appelle le gouvernement à soutenir à Bruxelles “la reconnaissance des spécificités des régions ultrapériphériques au titre de l’article 299§2 du traité CE ; le maintien de l’octroi de mer en dehors du champ des négociations APE ; la possibilité de recourir à des clauses de sauvegarde régionalisées parfaitement symétriques à celles accordées aux ACP et la non-libéralisation du marché du sucre...” Autant de paramètres que Paul Vergès estime être bien intégrés par la Commission, mais qui sont susceptibles d’être remis en cause “à tout moment par les ACP, particulièrement en ce qui concerne les RUP. Nous en avons une illustration en ce moment même avec la demande de supprimer la clause de sauvegarde régionalisée (ou à défaut de la restreindre à quelques produits) dans l’accord intérimaire avec ESA...” Face à ce risque permanent qui remettrait brutalement en cause, sans possibilité d’adaptation aux nouvelles règles du jeu, tout ce sur quoi l’économie de La Réunion et le financement des collectivités est fondé depuis la départementalisation et les plus récentes lois de décentralisation, la Région et ses partenaires, demandent au gouvernement de “mobiliser tous les moyens, notamment la Représentation permanente française, pour veiller à la prise en compte des intérêts de La Réunion dans les projets d’accords intérimaires...”, tout particulièrement sur les fameux “produits sensibles”, les “règles d’origine” (en particulier sur la pêche) et la “clause de sauvegarde”... On saura donc le 10 décembre si La Réunion a été entendue, quand bien même, d’ici la fin 2008 et la signature définitive des APE, le sort de La Réunion pourra être mis en jeu sans préavis. “Nous entrons dans un monde dangereux et cruel”, a précisé Paul Vergès, qui, par ailleurs, n’a pas manqué de reprendre l’analyse faite par le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, qui dénonce les APE entre l’Europe et l’Afrique, jugés inégalitaires et leur préfère des accords de partenariat pour le développement (APD), une forme de co-développement à grande échelle. Enfin, si l’essence du débat lié aux APE à largement échappé au grand public comme à nombre d’élus, Paul Vergès, Maurice Cerisola et Jean-Raymond Mondon rejoignent sur le fond le président de la Commission diocésaine Justice et Paix qui estimait nécessaire d’associer les Réunionnais non “ initiés ” à une réflexion portant sur les composantes de leur avenir.

Philippe Le Claire

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