USA: discussions sur un accord avec le Japon

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Le Figaro | 18 avril 2017

USA: discussions sur un accord avec le Japon

Le Japon et les Etats-Unis ont lancé mardi des discussions économiques qui pourraient déboucher à terme sur un accord bilatéral, reflet de la nouvelle doctrine américaine sous la présidence d’un Donald Trump hostile aux vastes traités de libre-échange.

"Aujourd’hui nous démarrons le processus de dialogue économique susceptible d’ouvrir la voie à des négociations commerciales bilatérales dans le futur", a déclaré le vice-président américain Mike Pence, en visite à Tokyo, lors d’une conférence de presse avec le vice-Premier ministre japonais Taro Aso. "Ce dialogue offre l’opportunité aux Etats-Unis et au Japon de renforcer nos liens économiques bilatéraux et de créer emplois, prospérité et croissance des deux côtés du Pacifique", a-t-il souligné, rappelant les relations étroites qui unissent les première et troisième puissances économiques du monde.

Les deux responsables ont dit espérer "des résultats concrets à court terme", une deuxième session d’échanges étant programmée d’ici à la fin de l’année. "C’est un nouveau jour et un nouveau chapitre dans nos relations", a insisté M. Pence.

A travers ce cadre bilatéral, les Etats-Unis espèrent rétablir des échanges "plus équilibrés" avec le Japon, partenaire de premier plan, avec des échanges commerciaux massifs d’un total d’environ 200 milliards de dollars par an. Le président américain a accusé à plusieurs reprises Tokyo de manipuler le yen pour s’arroger des avantages indus, tout en s’en prenant à l’industrie automobile nippone, jugée trop fermée.

Au-delà du cas nippon, c’est un pas de plus vers la mise en place d’un nouvel ordre économique mondial, après le tournant opéré au G20 de Baden Baden. En mars, les ministres des Finances de ce groupe de pays avaient alors retiré toute condamnation du protectionnisme dans leur communiqué final.

Le TPP, un pacte du passé ?

Donald Trump, qui n’a eu de cesse de dénoncer les méfaits de la mondialisation et du libre-échange sur les emplois américains, "croit profondément qu’il est dans l’intérêt des Etats-Unis de négocier des accords commerciaux sur une base bilatérale", a expliqué mardi Mike Pence. "Cela crée un cadre dans lequel les pays sont en mesure de mieux évaluer si l’accord est gagnant-gagnant", a-t-il ajouté.

Dans un cadre multiléral, système qui domine actuellement les échanges mondiaux, un membre d’une organisation, quand il souhaite négocier quelque chose, doit traiter avec l’ensemble des membres de la structure. Ce sont des processus complets, mais complexes et lents.

C’est dans cette optique que Donald Trump a décidé, dès son investiture, de retirer les Etats-Unis du traité de libre-échange transpacifique (TPP), laborieusement négocié par son précédesseur Obama. M. Pence a réaffirmé mardi l’hostilité de son pays à cet ambitieux partenariat qui avait été signé en 2015 après de longues années de négociations par 12 pays bordant l’océan Pacifique et couvrant près de 40% de l’économie mondiale (Etats-Unis, Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam).

Ce "traité appartient au passé", a lancé le responsable américain. "L’administration Trump a choisi de se désengager du TPP, et ce sera désormais notre politique". Si le Premier ministre Shinzo Abe avait dans un premier temps assuré que "le TPP sans les Etats-Unis n’aurait pas de sens", le Japon espère malgré tout sauver le pacte en poursuivant éventuellement l’aventure à 11. Un tel scénario aurait l’avantage de positionner l’archipel "comme un acteur clé du commerce et de l’intégration régionale", face à son rival chinois, a estimé Tobias Harris, vice-président du cabinet d’études de Teneo Intelligence, dans une note publiée mardi.

Cela ne signifie pas "nécessairement que le Japon rejette les propositions américaines d’un accord bilatéral. Cependant, le TPP prévaudrait probablement sur de potentielles discussions houleuses avec les Etats-Unis, tout en lui donnant plus de poids dans les négotiations bilatérales", juge l’analyste.

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source: Le Figaro