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Fruits et légumes : moins on consomme plus on importe

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En Europe, non seulement la moralité mais la légalité de l’importation des tomates "marocaines" fait doute.

Humanite.fr | 29 avril 2015

Fruits et légumes : moins on consomme plus on importe

Gérard le Puill

Entre 2000 et 2013, les importations françaises de fruits et légumes en provenance des pays non membres de l’Union européenne ont augmenté de 50%. Le déclin de la production nationale est imputable à la stratégie commerciale des grandes surfaces pour faire chuter les cours grâce aux accords bilatéraux que la Commission européenne a négocié avec des pays tiers comme le Maroc.

Selon le correspondant de l’hebdomadaire « La France Agricole » à Bruxelles auprès de la Commission européenne, la consommation de fruits et légumes frais, régulièrement recommandée par ladite Commission, diminue d’année en année dans les pays membres de l’Union. On imagine que la baisse du pouvoir d’achat d’une majorité de ménages y est pour beaucoup. Néanmoins, pour 2015 et 2016, la Commission consacrera un budget de 150 millions d’euros à la promotion des cinq fruits et légumes par jour, avec notamment une conférence du 3 au 5 juin à Milan sur la « fruit full economy ». Mais, selon le rapporteur belge devant le Parlement européen, « force est de constater que la consommation de fruits, de légumes et de lait diminue partout en Europe ».
Plus grave encore, la part des fruits et légumes produits dans les pays membres de l’Union européenne a baissé de 6% entre 2003 et 2010 dans la consommation globale des européens. La situation est bien pire en France puisque notre pays a connu une augmentation de 50% des importations (hors produits exotiques) en provenance des pays tiers entre 2000 et 2013.

Faut-il s’en étonner? Les sept centrales d’achat de la grande distribution ont pris l’habitude de privilégier des importations préventives de pommes, de poires , de tomates et autres fruits et légumes en provenance de pays tiers dans le seul but de faire baisser les prix payés aux producteurs français lors des transactions qui se négocient selon le principe des « enchères descendantes » sur les marchés au cadran. L’enchère descendante consiste à fixer un prix de départ pour un lot de pommes ou de tomates. Le prix continue ensuite de baisser jusqu’au moment où un acheteur appuie sur la touche achat sur son pupitre. Le vendeur peut choisir de vendre à ce prix ou de refuser. Mais dans ce cas, sa marchandise périssable risque de ne pas se vendre.

Pour faire baisser les cours de la pomme, de la tomate ou du melon sur les principaux marchés au cadran de l’Hexagone, il suffit aux centrales d’achat de Leclerc, Carrefour, Auchan et les autres , de remplir les chambres froides de pommes du Chili , de tomates et de melons du Maroc , pays avec lequel la Commission européenne a négocié voilà deux ans un accord bilatéral de libre échange. Depuis la conclusion de cet accord, les distributeurs français ont augmenté considérablement les importations de fruits et légumes marocains et ruinent progressivement la production nationale. Il suffit d’ailleurs de voir en cette fin du mois d’avril la provenance marocaine des melons et des tomates dans les grands surfaces comme sur les marchés urbains pour se rendre compte que la place prise par ces produits importés va encore réduire celle de la production nationale sur les étals.

Voilà qui rend incongrus les propos de Phil Hogan, le nouveau commissaire européen en charge de l’Agriculture. Il était interrogé voilà deux semaines par un eurodéputé portugais qui lui indiquait que les producteurs européens devaient souvent vendre leurs fruits et légumes à des prix qui ne couvrent pas les coûts de production. Selon le commissaire Hogan, de nationalité irlandaise et à ce titre peu concerné par la production de fruit et légumes frais, « la diminution du nombre d’exploitations démontre que le secteur devient compétitif et les organisations de producteurs soutenus par la Commission jouent un rôle central dans le renforcement des postions des producteurs depuis qu’ils ont amélioré leur pouvoir de négociation dans la chaîne alimentaire».
Le député portugais disait exactement le contraire. Les chiffres fournis par les services de Phil Hogan lui-même sur la place prise en Europe par les importations en provenance des pays tiers donnaient raison à ce député contre le commissaire en charge de l’Agriculture. Voilà qui nous donne aussi une idée de la manière dont fonctionne cette Commission.


 source: L’Humanité