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Grogne paysanne en Colombie: le gouvernement en appelle à l’armée

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AFP | 30 août 2013

Grogne paysanne en Colombie: le gouvernement en appelle à l’armée

Le président colombien Juan Manuel Santos a ordonné le déploiement de militaires à Bogota et sur les principales routes du pays en réponse au mouvement paysan lancé il y a 12 jours et aux troubles qui ont fait deux morts jeudi en marge de manifestations à Bogota.

"Hier (jeudi), j’ai ordonné la militarisation de Bogota et je ferai de même dans toute municipalité ou région où la présence de nos soldats sera nécessaire", a déclaré vendredi M. Santos dans une déclaration radio-télévisée.

Un total de 50 000 soldats seront également déployés en province pour "assurer la mobilité sur nous routes" et des "pont aériens" pourront être organisés pour assurer l’acheminement de denrées qui commencent à manquer dans certaines villes, du fait des blocages routiers mis en place depuis le 19 août par les paysans en colère, a ajouté le président colombien. "Il est inacceptable que les actes de certains affectent gravement la vie de la majorité", a-t-il insisté au lendemain d’une journée marquée par une cinquantaine de manifestations dans les principales villes du pays, dont certaines ont débouché sur des heurts entre policiers et manifestants.

"Les soldats effectueront des patrouilles en coordination avec la police", a expliqué à l’AFP un porte-parole de la mairie de Bogota, où selon M. Santos les affrontements de jeudi ont fait deux morts. De son côté, la municipalité avait fait état mercredi soir de 147 blessés.

A Medellin, la deuxième ville du pays, la protestation s’est également terminée jeudi par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, et des journalistes ont été pris à partie par la police, selon un photographe de l’AFP.

Les paysans colombiens ont lancé depuis 12 jours un mouvement illimité dans l’ensemble du pays pour réclamer l’établissement de prix planchers pour certains produits ainsi que la baisse des prix des intrants agricoles. Leurs actions, soutenues par d’autres catégories, ont été marquées par des heurts avec les forces de l’ordre qui ont fait un total de quatre morts et plus de 500 blessés, selon des sources concordantes.

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"Policier, ta mère est paysanne"

Peu après l’annonce de Juan Manuel Santos, Eberto Diaz, porte-parole de la Table nationale de dialogue agraire, qui coordonne le mouvement, a annoncé que les leaders paysans avaient entamé une "réunion d’évaluation" pour déterminer leurs actions à venir. Ce dernier a regretté que "la répression et la militarisation" constituent "l’unique réponse" du gouvernement à leurs revendications.

Les petits agriculteurs veulent aussi des garanties en matière d’accès à la terre et de constitution de réserves paysannes, sortes de communautés autonomes, une politique favorable aux petites exploitations, ainsi que de meilleurs services publics dans les campagnes. Ils dénoncent également les Traités de libre échange signés par la Colombie, qui selon les paysans ouvrent la voie à un dumping sur les produits importés et empêchent de subventionner les secteurs productifs nationaux.

Le président Santos a officiellement reconnu jeudi que le secteur était "en crise" et a formulé plusieurs propositions aux protestataires, dont des mesures pour contrôler le prix des engrais et des intrants. Vendredi, il a laissé entendre que la balle était désormais dans le camp des paysans car les propositions du gouvernement étaient "sur la table".

Après les troubles de jeudi, le ministre de la Défense Juan Carlos Pinzon avait pointé du doigt la responsabilité des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), rébellion issue d’une insurrection paysanne qui soutien le mouvement. Les Farc mènent depuis fin 2012 des négociations de paix avec le gouvernement délocalisées à Cuba.

De son côté, le président conservateur n’a pas mentionné les Farc mais s’en est pris au mouvement de gauche radicale Marche Patriotique, qui selon lui souhaite conduire le gouvernement dans "une impasse". D’après M. Cantos, cette organisation "ne s’intéresse pas" aux paysans.


 source: AFP