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Il est temps de se transformer. Il est temps de mondialiser la solidarité, de localiser l’agriculture !

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La Via Campesina | 4 septembre 2020

Il est temps de se transformer. Il est temps de mondialiser la solidarité, de localiser l’agriculture !

Le 10 septembre 2003, devant le lieu de la réunion ministérielle de l’OMC à Cancun, au Mexique, Lee Kyung Hae, petit producteur de riz et militant paysan sud-coréen, s’est poignardé pour protester contre les politiques néolibérales promues par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Lee a agi par désespoir parce qu’il faisait partie des milliers de paysans coréens qui ont perdu leur ferme et leurs moyens de subsistance après que le pays ait décidé d’importer ses denrées alimentaires, avec la bénédiction de l’OMC.

“Depuis (l’importation massive), nous, les petits agriculteurs, n’avons jamais été payés au-delà de nos coûts de production. Quelle serait votre réaction émotionnelle si votre salaire baissait de moitié sans en comprendre les raisons?” extrait d’une lettre de Lee écrite dans les mois qui ont précédé Cancun révèlant le désespoir de ce paysan qui se sentait impuissant et négligé dans une économie de libre marché.

Dix-sept ans plus tard, malgré les manifestations et les protestations massives de La Via Campesina et d’autres mouvements sociaux, les politiques expansionnistes meurtrières du Capital mondial se poursuivent – souvent avec, et parfois sans l’aide de l’OMC – en utilisant les instruments tels que les accords de libre-échange et les programmes d’aides conditionnelles. En conséquence, de nombreux pays, dont la Corée du Sud, ont mis à mal la souveraineté alimentaire de leurs peuples et sont devenus fortement dépendants des importations alimentaires.

Au cours des dernières décennies, grâce à cette poussée néo-libérale, le système alimentaire mondial, depuis la production, la transformation et la distribution, est passé sous l’emprise d’une poignée de sociétés multinationales. La crise de la COVID 19 a révélé les limites de ce système en le mettant hors service en quelques semaines, faisant courir aux pays un risque réel d’insécurité alimentaire. Même des pays riches comme Singapour, la Corée du Sud et plusieurs autres pays européens ont soudain pris conscience des dangers de cette concentration des entreprises dans les systèmes alimentaires des populations, qui a échoué dès les premiers signes d’une pandémie mondiale. Dans des pays comme Haïti, de gros risques de faim et la famine sont encourus par la populations.

Rien de tout cela n’a surpris les paysans et les petits producteurs d’aliments qui, en effet, nourrissent 70 % de la population mondiale alors qu’ils n’ont accès qu’à 25 % des ressources. Au contraire, la pandémie a montré à tous les peuples du monde que ce sont les paysans, les pêcheurs, les petits producteurs d’aliments, hommes et femmes, qui prennent les devants lorsque les pays sont confrontés à des pénuries alimentaires, en continuant de produire des aliments malgré tous les négligences, les défis et les risques.

Pourtant, nos gouvernements n’ont tiré aucune leçon de cette crise et de ce qu’elle a mis en évidence.

Ils continuent à promouvoir la monoculture par de grandes entreprises et encouragent l’entrée des entreprises privées dans l’agriculture. Au cours des six derniers mois de la pandémie, plusieurs négociations de libre-échange ont considérablement progressé. L’UE-Mercosur, le RCEP (accord de partenariat économique régional global), l’USMCA en anglais (AEUMC : Accord Etats-Unis, Mexique Canada) , le CETA (accord économique et commercial entre l’Union européenne et le Canada), le TPP (accord de partenariat Transpacifique), le TTIP (accord de libre-échange Transatlantique) et toute une série de négociations commerciales bilatérales et régionales continuent d’avoir lieu, toutes dans le but de renforcer l’emprise des entreprises sur nos systèmes alimentaires. Plusieurs gouvernements ont également abusé des restrictions de verrouillage pour faire adopter des réformes du marché et des réformes agraires qui permettent aux entreprises de s’emparer de nos terres. Les gouvernements sont impatients de revenir à la normale et restent inconscients du désespoir et de la pauvreté de nos populations.

Il faut que cela cesse. Le temps est venu pour nous de reprendre le contrôle de nos systèmes alimentaires et de promouvoir la production locale de nos systèmes alimentaires, car l’importance de notre demande est plus évidente que jamais : nous devons continuer à lutter pour la souveraineté alimentaire. C’est-à-dire que les populations de chaque région doivent avoir une autonomie dans la production de leur nourriture. Le commerce mondial des produits agricoles a échoué. La pandémie nous aidera à discuter de questions telles que la souveraineté alimentaire, ainsi que la nécessité de l’agroécologie, d’une alimentation plus saine et de la nécessité de produire des aliments au plus près des marchés de consommation. Cela n’est possible que grâce à l’agriculture familiale et à l’agriculture paysanne.

Le 10 septembre 2020, La Via Campesina marquera une nouvelle fois la Journée internationale d’action contre l’OMC et les ALE. En ce jour, en mémoire du sacrifice de Lee Kyung Hae, nous avons l’intention d’organiser un dialogue en ligne entre des paysans et paysannes d’Asie, d’Afrique, d’Europe et des Amériques. Ils expliqueront pourquoi l’agriculture doit rester en dehors de toutes les négociations de libre-échange qui se déroulent à l’intérieur et à l’extérieur de l’OMC.

Le dialogue intitulé “Globaliser la solidarité, localiser l’agriculture” se concentrera sur cette alternative qui émerge de siècles d’expériences et de pratiques paysannes. L’échange sera l’occasion de mettre en évidence l’impact du capitalisme de libre marché sur les familles paysannes. Ce sera un espace pour réaffirmer que la souveraineté alimentaire et la production d’aliments sains ne peuvent émerger que de l’agriculture familiale et de l’agriculture paysanne en utilisant des pratiques agroécologiques.

Inscription : www.bitly.com/LVC-Trade-Webinar-2020

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 source: La Via Campesina