L’UE invitée à mettre fin aux accords régionaux

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IPS, 28/9/05

COMMERCE :
L’UE invitée à mettre fin aux accords régionaux

Stefania Bianchi

BRUXELLES, 28 sep (IPS) - Alors que le responsable de l’Union européenne en charge du commerce, Peter Mandelson, s’apprête à lancer une nouvelle phase de négociations commerciales dans les Caraïbes cette semaine, des groupes commerciaux demandent au bloc de mettre en veilleuse des accords régionaux pour éviter un ’’désastre au développement’’.

Traidcraft basé en Grande-Bretagne et EcoNews Africa, une organisation non gouvernementale (ONG) basée au Kenya estiment que les propositions actuelles du bloc exigeraient des pays en développement qu’ils ouvrent rapidement leurs marchés aux entreprises européennes, menaçant des emplois, des industries, des recettes gouvernementales et des services publics dans certains des pays les plus pauvres au monde. Les deux organisations sont membres d’une campagne ’Arrêtez les APE’ lancée en octobre de l’année dernière.

Mandelson se rend à St. Lucie dans les Caraïbes ce mercredi (28 septembre) pour lancer une nouvelle phase de négociations sur l’Accord de partenariat économique (APE) avec la région Caraïbes.

Les APE sont des échanges commerciaux réciproques aux termes de l’accord de Cotonou entre l’Union européenne (UE) et 77 pays des régions Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). L’accord de Cotonou a été ainsi dénommé en souvenir du nom de la capitale de la nation ouest-africaine, le Bénin, où il a été signé en juin 2000.

Les échanges proposés sous l’accord supprimeraient les contrôles sur les prix à l’importation et permettraient aux Etats membres de l’UE de vendre des produits subventionnés plus facilement à ces pays. Les accords devraient être conclus d’ici à décembre 2007 et seront mis en œuvre entre 2008 et 2020.

L’UE déclare que les APE intégreront les Etats ACP dans l’économie mondiale, favoriseront un développement durable et contribueront à l’éradication de la pauvreté. Mandelson a indiqué qu’il est un ’’fervent partisan’’ de tels accords.

’’Ce ne sont pas des accords classiques sur le libre échange où les deux parties font des concessions égales : nous n’avons aucun programme de libéralisation que nous voulons imposer aux pays les plus pauvres des ACP. Ce sont plutôt des outils de développement qui conduiront à temps à l’expansion des marchés régionaux et du commerce avec l’UE’’, a-t-il dit dans une déclaration lundi (26 septembre).

Mais les groupes commerciaux affirment que les APE ont été ’’un processus hautement politique conduit par l’UE et au sujet duquel les ACP ont constamment exprimé des préoccupations essentielles’’. Ils disent que les négociations sur les APE ont été ’’très déséquilibrées’’, avec l’UE arrivant généralement à ses fins à chaque étape. Ils invitent Mandelson à commencer par travailler sur des alternatives aux APE.

Un rapport de Traidcraft et de EcoNews Africa publié mardi indique qu’en guise d’exemple, les secteurs industriels en baisse, l’augmentation de la pauvreté et les niveaux croissants de chômage au Kenya devraient être pris en compte avant de s’engager à ’’quelque chose qui n’a rien de nouveau’’.

Le rapport ’APE : A travers l’objectif du Kenya’, souligne que la libéralisation dans le pays a donné lieu à ’’de terribles souffrances’’ qui incluent la forte hausse de la criminalité, la prostitution, l’éducation ratée et même des suicides.

’’La crise économique a entraîné l’augmentation du nombre de pauvres — de 11 millions à 17 millions — plus de la moitié de la population du Kenya’’, indique le rapport. ’’L’inscription au cours primaire a baissé, l’analphabétisme a augmenté, l’espérance de vie a chuté, la proportion d’enfants complètement vaccinés est tombée soudainement et les taux de décès parmi les bébés et les enfants de moins de cinq ans ont grimpé’’.

Le rapport mentionne que la Commission européenne elle-même estime que dans le cadre de la libéralisation réciproque, le Kenya perdrait 82 pour cent de ses recettes douanières — 12 pour cent des revenus du gouvernement.

Etant donné que les APE obligeront le Kenya à libéraliser encore davantage, autorisant l’accès au marché pour des entreprises européennes très compétitives, le rapport dit que les expériences passées montrent ce qui est en jeu, et ce que pourraient être les impacts sur le développement futur du Kenya. Les groupes commerciaux demandent que les APE ’’comme ils sont actuellement envisagés’’ soient interrompus partout parce que, selon eux, les pays ACP sont en train de négocier avec une grande réticence.

’’Ils ont été contraints à la table de négociation : en partie par peur de perdre l’accès au marché de l’UE s’ils n’acceptent pas un APE, et en partie parce qu’il n’y a aucune alternative disponible en ce moment. Ils craignent également que le refus de signer ne menace les flux futurs d’aide’’, affirme le rapport. Les groupes sont persuadés que leur campagne est en train de faire des progrès.

’’Nous avons avancé en ce sens que le gouvernement du Royaume-Uni a publié un document de position mettant en cause la façon dont la Commission aborde les négociations’’, a déclaré à IPS, Liz Dodd, conseillère en politique commerciale de Traidcraft. ’’Mais la Commission n’avance pas jusqu’ici, et a même qualifié l’intervention du Royaume-Uni d’inutile’’, a souligné Dodd. En fin de compte, les 25 Etats membres de l’UE ont fixé un programme, selon Dodd. ’’Nous leur demandons d’arrêter de se cacher derrière la Commission et de donner à Peter Mandelson un nouveau mandat de négociations favorables au développement’’.

Traidcraft exige que l’UE donne aux pays ACP une alternative aux APE qui, au moins, ne les laisserait pas plus pauvres qu’ils ne le sont maintenant. ’’Il ne nous revient pas de décider de ce que cela devrait être, mais il y a un certain nombre d’options’’, a déclaré Dodd. ’’Ce qui est particulièrement pertinent en ce moment, c’est que l’UE devrait travailler avec les ACP pour changer les règles de l’OMC sur les accords commerciaux régionaux. Ceci permettrait que des accords plus équitables soient convenus entre des pays à des niveaux de développement très différents’’.

Il y aura une grande revue des APE l’année prochaine, où les ONG espèrent que l’UE et les Etats membres des ACP vont ’’arrêter d’urgence’’ les APE actuels sur le libre échange avant que plusieurs pays parmi les plus pauvres au monde ne soient ’’contraints de négocier sans relâche leur avenir’’.

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source: IPS