bilaterals.org logo
bilaterals.org logo
   

Le coronavirus révèle la fragilité de la mondialisation libérale

JPEG - 83.7 kb

Témoignages | 20 mars 2020

Le coronavirus révèle la fragilité de la mondialisation libérale

par Bruno Bourgeon

Un krach financier dû au coronavirus est probable. Plutôt que de se réjouir d’une récession qui aurait des effets humains dévastateurs, la crise actuelle peut agir comme révélateur des fragilités extrêmes de la mondialisation, pour la condamner.
Selon les économistes les plus en vue, le grand péril du coronavirus n’est pas sanitaire. Les malades, les morts par milliers, c’est fâcheux. Il y a pire : la croissance mondiale terriblement affectée. L’économie tousse et le phénomène devient viral.
La croissance chinoise plonge. Certains évoquent une récession dans l’Empire du milieu, symbole de l’hyper croissance : la croissance de l’économie chinoise entre 1983 et 2013 a été de 10,2 % par an, ce qui laisse loin derrière nos modestes « Trente Glorieuses ». Il est vrai qu’un essoufflement apparaît depuis une dizaine d’années, avec « seulement » 8,1 % entre 2008 et 2018, 6,6 % en 2018 et 6,1 % en 2019.

Le virus de la récession menace désormais, par une contamination qu’on ne peut freiner, tous les pays industrialisés, puis probablement d’autres. Pourquoi ces pays ? Parce que le virus se propage par voie aérienne et maritime (pour les marchandises et les personnes), et par voie électronique (pour la sphère financière) entre des espaces industriels, commerciaux, financiers et touristiques « développés ».
Un monde du capitalisme financier voit les banques et les fonds d’investissement et de pension faire la loi ; les Bourses dominer l’économie ; les multinationales mettre en concurrence les pays qui pratiquent le dumping social, écologique et fiscal ; la dérégulation devenir la règle, qu’il s’agisse de la finance, des accords de libre-échange et de libre investissement qui donnent le pouvoir aux transnationales, y compris pour fixer les règles du jeu contre les États. Dans ce monde, le coronavirus joue le rôle d’une simple allumette capable d’y mettre le feu.
Pour les objecteurs de croissance, il est tentant d’y voir un argument de poids : les émissions mondiales de gaz à effet de serre et toutes les autres pollutions reculent sous l’effet de cette nette décrue de la croissance mondiale. Alors, vive le virus ?

Emprunter cette voie est déconseillé. D’abord, rien ne dit que le frein de croissance perdurera, même si la probabilité d’un krach est forte. Ensuite, un scénario de récession mondiale dans les structures économiques et sociales actuelles n’a rien de désirable sur le plan humain, pas plus qu’un scénario de pandémie mondiale qui toucherait les populations les plus fragiles. De plus, associer les bienfaits de la sobriété choisie et un virus mortel n’est pas le meilleur moyen de convaincre. Enfin, ce serait confondre l’allumette et le système inflammable du libéralisme financier. Aller directement du virus à la décroissance est une erreur. Il faut mettre en cause le système libéral et son extrême fragilité face à ces chocs qui reviendront, sous d’autres formes. Le coronavirus n’est pas l’allié des objecteurs de croissance.
Pour le dire autrement, un coronavirus n’aurait qu’un impact limité sur l’économie dans un monde où la finance serait sous contrôle public, où la monnaie serait un bien commun, où la majorité des productions (y compris énergétiques) serait relocalisée, ou la sobriété matérielle et énergétique supplanterait le consumérisme, et où l’on mettrait fin à la domination économique et politique des multinationales.

En revanche, la crise actuelle peut agir comme révélateur des fragilités extrêmes de la mondialisation libérale et contribuer à sa condamnation. D’autres crises n’ont pas suffi pour l’accuser. Il n’est pas certain qu’on y parvienne ici, mais il faut tenter.

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
D’après Jean Gadrey


 source: Témoignages