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Le Royaume-Uni doit signer des dizaines d’accords pour conserver ses relations hors de l’Union européenne

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Le Monde | 15 octobre 2019

Le Royaume-Uni doit signer des dizaines d’accords pour conserver ses relations hors de l’Union européenne

Par Eric Albert

Liz Truss, fervente défenseuse du Brexit et ministre du commerce international de Boris Johnson, rêve d’être le fer de lance de la future politique commerciale du Royaume-Uni. Les futurs accords de libre-échange avec les Etats-Unis ou l’Australie, véritable Graal des tenants du « Global Britain » (la Grande-Bretagne mondiale), devraient être de son ressort.

A la place, elle est forcée de s’occuper d’une affaire beaucoup plus pressante : remplacer un à un les accords de libre-échange que l’Union européenne a passé avec le reste du monde. Car non seulement le Royaume-Uni va couper ses liens avec son premier marché (l’UE représente 45 % de ses exportations), mais aussi avec des dizaines d’autres pays qui ont des relations commerciales préférentielles avec l’UE. Au total, les Vingt-Huit ont noué une quarantaine d’accords de libre-échange, notamment avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada (le fameux CETA), ou encore, dernier en date, avec le Japon. En sortant de l’UE, le Royaume-Uni perd automatiquement ces relations.

Selon les calculs de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), ces pays reçoivent actuellement 17 % des exportations britanniques. Pour simplement permettre le statu quo, le gouvernement s’applique donc à répliquer ces traités. « Nous avons réussi à le faire pour environ 70 % d’entre eux », estimait Mme Truss lors du congrès annuel du Parti conservateur, début octobre. Faux, répond la Cnuced : selon elle, seuls 41 % d’entre eux ont été remplacés (en valeur des exportations).

Un accord bilatéral entre Londres et Berne a été signé

Et la liste commence effectivement à s’allonger. Islande, Norvège, Israël, Corée du Sud, Chili, Zimbabwe, Madagascar… Après des débuts très lents, le Royaume-Uni a finalement signé une série d’accords de remplacement.

L’un des déclics est venu de la Suisse, qui a des relations économiques très étroites avec le Royaume-Uni. C’est le sixième investisseur dans la Confédération helvétique et, chaque jour, cent cinquante liaisons aériennes relient les deux pays.

La diplomatie helvétique estime que les Britanniques ont mis du temps à comprendre l’intérêt d’entamer des discussions avec eux. Il a fallu leur persuasion pour que le gouvernement britannique finisse par saisir l’enjeu. Un accord bilatéral entre Londres et Berne a finalement été signé fin 2018.

Il a fallu tout prévoir, pour que les relations continuent comme aujourd’hui en cas de « no deal » : droits des citoyens, commerce, secteur de l’assurance, transport routier, trafic aérien… « Pour les Britanniques, il était important de signer ces accords, ne serait-ce que pour prouver qu’ils ne sont pas immobiles et qu’ils arrivent encore à faire des choses », expliquait en juillet Karin Keller-Sutter, conseillère fédérale suisse.

Il manque en particulier la Turquie, l’Afrique du Sud, le Canada...

Ces progrès sont pourtant insuffisants. Par ordre d’importance des échanges commerciaux, il manque en particulier la Turquie, l’Afrique du Sud, le Canada, le Mexique et le Japon. Selon la Cnuced, si le Brexit entre en vigueur, ces trous vont faire perdre environ 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) d’exportations au Royaume-Uni, dont le quart avec la Turquie. Le textile, l’automobile et l’agroalimentaire seraient les secteurs les plus touchés, parce que ce sont ceux pour lesquels les tarifs douaniers sont les plus élevés dans le régime de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Et encore, ce montant reste faible face à la chute des exportations vers l’UE que représenterait un « no deal ». Dans ce cas, les pertes sont évaluées à 16 milliards de dollars (14,5 milliards d’euros), dont un tiers dans le secteur de l’automobile. Cela représenterait une chute d’environ 3,5 % des exportations mondiales du Royaume-Uni.

« La date du Brexit qui se rapproche, avec un résultat des négociations très incertain, est un problème pour les exportateurs britanniques, et il faudra probablement apporter des aides de court terme, estime la Cnuced. Mais il faudrait surtout faire des progrès pour renouveler les accords existants ou en trouver des nouveaux avec de nouveaux partenaires. »

Début octobre, Mme Truss prenait tout cela sur le ton de la plaisanterie, promettant de passer un accord de remplacement avec le Canada « dès que les élections seraient terminées » (celles-ci ont lieu le 21 octobre). Tous ces efforts n’ont qu’un seul objectif : permettre aux entreprises de conserver le statu quo. Tout ça pour ça.


 source: Le Monde