Le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, un risque pour nos assiettes ?

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LCI | 1 juillet 2019

Le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, un risque pour nos assiettes ?

par Cédric Stanghellini

À LA LOUPE - L’Union européenne a signé un accord de libre-échange avec le Mercosur, l’union commerciale qui rassemble les quatre pays les plus riches d’Amérique du Sud. A la clé, la disparition des droits de douane et la création d’un marché commun entre les deux continents. Mais ce méga-traité commercial inquiète de nombreuses personnalités politiques qui craignent que notre sécurité alimentaire ne soit plus garantie, notamment vis-à-vis des importations agricoles du Brésil. À La Loupe fait le point sur la situation.

L’Union européenne a signé le 27 juin un accord de libre-échange avec le Mercosur, l’organisation commerciale sud-américaine née en 1991 qui rassemble le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Ce traité prévoit, à terme, la disparition de la quasi- totalité des droits de douane entre les deux continents. "Les entreprises de l’UE bénéficieront d’un accès privilégié à un marché de plus de 260 millions de consommateurs", s’enthousiasme la Commission européenne. Mais de nombreuses voix s’élèvent, jusque dans la majorité en France, contre ce méga-traité commercial.

Matthieu Orphelin, député écologiste du Maine-et-Loire et ancien membre de la majorité, tire la sonnette d’alarme écologique. "Nous ne devons pas créer une zone de libre-échange sans conditions strictes avec le Brésil, qui prévoit notamment d’autoriser l’utilisation de plus de 1.000 pesticides, pour certains interdits chez nous." Jean-Baptiste Moreau, député LaREM, s’inquiète également de la situation. "Le Brésil est dans une situation agronomique catastrophique, avec des sols rendus stériles par l’usage massif de produits phytosanitaires en tous genres. Il n’y a aucune traçabilité dans ce pays, nous serons incapables de contrôler la qualité de ce qu’on importe."

Une question se pose : est-ce que le marché commun avec le Mercosur va autoriser des produits toxiques brésiliens dans nos assiettes ? Notre sécurité alimentaire est-elle menacée ?

Le Brésil utilise-t-il toujours plus de pesticides ?

Oui, le Brésil épand toujours plus de produits phytosanitaires. D’après les données de vente enregistrées par les autorités environnementales brésiliennes, leur consommation a doublé en 10 ans. La moitié d’entre eux est consacrée uniquement à la culture du soja.

Cette hausse pourrait bien se poursuivre. Depuis la prise de fonction du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro en 2019, le ministère de l’Agriculture veut simplifier le processus d’autorisation de mise sur le marché de nouveaux produits phytosanitaires. De plus, entre janvier et mai 2019, ce sont plus de 160 nouveaux pesticides qui ont été autorisés.

Le Brésil utilise des pesticides interdits en Europe ?

La réponse est oui, le Brésil autorise des pesticides totalement interdits dans l’Union européenne. Christiane Lambert, présidente de la FNSEA avance même le chiffre de "74% de produits phytosanitaires utilisés au Brésil" qui seraient "interdits en Europe". LCI s’est penché sur le sujet. Nous nous sommes référés à l’étude très complète de la professeure brésilienne Larissa Mies Bombardi, accessible sur le site de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Dans son étude "Géographie de l’utilisation de produits agrochimiques au Brésil et les liens avec l’Union européenne", Larissa Mies Bombardi prend l’exemple de trois productions représentatives et massivement importées en Europe : le soja, le café et les citrons. Elle démontre que pour le soja, le Brésil autorise 150 produits phytosanitaires différents, dont 35 sont interdits dans l’Union européenne ; pour le café ce sont 121 produits autorisés au Brésil, dont 30 interdits en UE ; et pour les citrons ce sont 116 produits autorisés, dont 33 interdits en UE.

Parmi les pesticides interdits en UE, on peut retrouver au Brésil de l’acéphate, un puissant insecticide ; le chlorpyrifos ; ou encore l’atrazine, une substance mutagène et reprotoxique. Mais même dans le cas où des substances autorisées en Europe, Larissa Mies Bombardi souligne les grandes différences entre les seuils de traces de pesticides maximales admises dans les aliments. Par exemple pour le glyphosate, le Brésil autorise des traces jusqu’à 1 mg/kg pour le café, en Europe le seuil est dix fois plus bas, de 0,1 mg/kg.

Y a-t-il un danger pour nos assiettes ?

Est-ce que l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur signifie que nous ouvrons la portes à toutes ces substances nocives ? Tout est sous contrôle si l’on en croit un communiqué de la Commission européenne. "Les normes de l’UE en matière de sécurité alimentaire, de santé animale et végétale ne sont pas négociables. L’UE reste totalement indépendante dans la détermination des critères de sécurité pour les produits qui atteignent le marché. L’UE conserve le droit de fixer les limites maximales autorisées pour les résidus de pesticides."

En effet, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur ne remet pas en cause les seuils des traces maximum autorisées des produits phytosanitaires dans l’alimentation. Contactée par LCI, la Commission européenne rappelle qu’aujourd’hui, si un pays souhaite commercer avec l’UE, il doit respecter les standards européens. C’est le cas pour les pesticides présents dans les aliments. "L’accord avec le Mercosur ne remet pas en cause ce principe. Il n’y a aucun assouplissement sur le sujet." Ainsi, d’après la Commission, les Brésiliens ne pourront pas exporter en Europe des produits contenants les substances interdites ici. "L’accord prévoit un renforcement des contrôles et une intensification dans les échanges d’information entre les deux continents pour améliorer la traçabilité."

La Commission prend l’exemple du bœuf canadien. "Le CETA [NDLR : le traité de libre-échange entre UE et Canada] permet aux Canadiens d’exporter de la viande de bœuf mais avec produites avec les normes européennes. Comme ces dernières sont beaucoup plus strictes qu’au Canada, aujourd’hui le pays préfère ne pas exporter et conserver ses standards d’élevage moins contraignants qu’en Europe."

source: LCI