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Londres conclut avec Tokyo son premier accord commercial d’envergure pour l’après-Brexit

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Les Echos | 11 septembre 2020

Londres conclut avec Tokyo son premier accord commercial d’envergure pour l’après-Brexit

Par Alexandre Counis

C’est une victoire importante pour Londres et le moins que l’on puisse dire est qu’elle tombe à point nommé. Alors que les discussions avec Bruxelles afin de signer un accord de libre-échange pour l’après-Brexit se sont envenimées ces derniers jours, le Royaume-Uni a conclu ce vendredi un accord commercial « de principe » avec le Japon, qui entrera en vigueur une fois la sortie de l’UE effective au 1er janvier.

C’est le « premier accord commercial majeur » d’une « nation indépendante sur le plan commercial », a pu aussitôt se féliciter la très Brexiter ministre britannique du Commerce international, Liz Truss, qui n’a pas hésité à parler de « moment historique » au terme d’une ultime visioconférence avec le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi. Même s’il vise en partie à copier-coller les termes de l’accord conclu par Tokyo et Bruxelles en 2018, l’accord, dont la négociation n’aura duré que trois mois , ne fait pas que s’en contenter. Et il est si crucial que Boris Johnson en avait fait l’une de ses priorités.

Le reliquat des quotas de l’UE

La ministre britannique insiste : l’accord, qui devrait être finalisé en octobre, « va bien plus loin que l’accord existant avec l’UE ». Une manière de suggérer que Londres peut, même tout seul, obtenir mieux que ce que Bruxelles avait réussi à arracher.

Grâce à une coopération plus poussée en matière de régulation, l’accord exclut par exemple toute obligation en matière de localisation des données personnelles : les firmes britanniques de services financiers comme les fabricants de jeux vidéo japonais pourront ainsi traiter les données collectées auprès de leurs utilisateurs dans des data centers situés à l’étranger.

Le Royaume-Uni, qui voulait accroître ses exportations de fromages bleus (Stilton en tête), n’a pas réussi à convaincre le Japon de lui accorder de nouveaux quotas. Mais pour 10 des 25 produits couverts par l’accord entre Bruxelles et Tokyo, notamment pour le fromage, les extraits de thé et les préparations pour pain, il sera autorisé à bénéficier des reliquats de quotas qui ne seraient pas utilisés par l’Union européenne. Tokyo, de son côté, a obtenu une réduction des tarifs douaniers britanniques dans l’automobile qui sera plus rapide que dans l’accord avec l’UE.

Couvrir 80 % du commerce extérieur d’ici 2022

Selon les chiffres du gouvernement britannique lui-même, l’accord ne devrait cependant apporter au Royaume-Uni que 0,07 % de PIB supplémentaire à long terme, grâce à environ 15 milliards de livres d’échanges supplémentaires. A titre de comparaison, la sortie de l’UE devrait lui coûter 4,9 % de croissance à horizon 15 ans, même si un accord de libre-échange était finalement conclu avec Bruxelles.

Le Royaume-Uni, qui veut couvrir 80 % de son commerce extérieur avec des accords de libre-échange d’ici 2022, a déjà répliqué ceux de l’UE avec des pays comme la Corée du Sud, la Suisse, Israël, le Maroc ou encore la Tunisie. Il cherche à faire de même avec le Canada, l’Egypte, le Mexique, Singapour, la Turquie et l’Algérie. Il a aussi ouvert des pourparlers pour en nouer de nouveaux avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Les discussions avec les Etats-Unis s’annoncent en revanche plus compliquées, et Londres n’espère plus les conclure d’ici à la fin de cette année.


 source: Les Echos