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ALÉNA: le nouvel accord n’entraînera que des gains modestes aux États-Unis

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L’actualité | 18 avril 2019

ALÉNA: le nouvel accord n’entraînera que des gains modestes aux États-Unis

par Mike Blanchfield, La Presse canadienne

OTTAWA — Le nouvel accord commercial nord-américain qui doit remplacer l’ALÉNA n’entraînera que des gains modestes pour l’économie américaine, révèle un nouveau rapport indépendant.

Selon l’analyse de la Commission du commerce international des États-Unis, le nouvel accord ajouterait 0,35 pour cent au produit intérieur brut (PIB) américain — ou 68,2 milliards $ US — et créerait 176 000 emplois six ans après son entrée en vigueur. Ce n’est qu’une infirme partie de l’économie américaine de 21 000 milliards $ US par année, qui compte environ 151 millions de travailleurs.

Le rapport est important, puisqu’il a été réalisé par un organisme indépendant qui peut fournir un examen approfondi des impacts économiques de ce nouvel accord suscitant l’opposition, notamment des démocrates à Washington.

L’analyse a aussi prédit que les exportations américaines au Canada et au Mexique augmenteraient de 19,1 milliards $ — exactement le même montant que la hausse des importations américaines provenant des deux pays.

Cyndee Todgham Cherniak, une avocate en commerce international établie à Toronto, croit que ces chiffres discréditent les arguments utilisés par l’administration Trump pour renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). L’enjeu du déficit commercial brandi par les Américains est ainsi «neutralisé», selon la spécialiste.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, n’a pas manqué de souligner ces données, elle qui critiquait souvent ses vis-à-vis américains qui évoquaient constamment l’argument du déficit commercial.

«Selon ce rapport des États-Unis, le nouvel ALÉNA profite aux deux pays (…). Je pense que c’est un résultat gagnant-gagnant», a-t-elle déclaré aux journalistes lors d’un point de presse à l’usine Algoma Steel, à Sault Ste. Marie, où elle a continué à dénoncer les tarifs américains «illégaux» sur l’acier et l’aluminium canadiens.

Impacts sur le secteur automobile

Dans le secteur crucial de l’automobile, le rapport souligne des retombées positives, mais avec un bémol: le nouvel accord pourrait rendre les voitures plus chères pour les consommateurs en raison de nouvelles règles sur le contenu qui empêcheraient l’utilisation de pièces étrangères moins dispendieuses.

La formule complexe du contenu de ce qui constitue une automobile construite en Amérique du Nord — connue sous le nom de «règles d’origine» — et la mise à jour des dispositions relatives au travail, visant le Mexique, ont été des éléments clés dans la renégociation litigieuse de l’ALÉNA.

Dan Ujczo, avocat spécialisé dans le commerce canado-américain établi à Columbus, dans l’Ohio, estime que l’analyse confirme que les États-Unis ne pourront jamais conclure un meilleur accord avec le Canada et le Mexique que l’accord actuel.

Mais il a laissé entendre que les conclusions du rapport pourraient passer inaperçues en cette journée faste en actualités aux États-Unis, avec la publication du rapport Mueller, qui enquêtait sur une potentielle collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie lors de l’élection présidentielle de 2016.

«Malheureusement, l’autre rapport d’aujourd’hui va mobiliser Washington pour le reste du printemps et va probablement capter toute l’attention du Congrès en 2019», a souligné M. Ujczo.

Opération charme de Washington

L’administration Trump a anticipé la publication de ce rapport en lançant une nouvelle offensive de charme pour vanter les mérites du nouveau pacte de libre-échange nord-américain afin de contrer le scepticisme croissant quant à ses avantages économiques.

Le représentant américain au Commerce a affirmé que le nouvel accord, qui n’a pas encore été ratifié, ramènerait des emplois dans l’industrie automobile du Mexique aux États-Unis.

Dans un nouveau document de neuf pages, le département fait valoir que le nouvel accord commercial continental générera 57 milliards $ d’investissements dans la construction automobile et créera 76 000 nouveaux emplois dans le secteur automobile américain au cours des cinq prochaines années.

Un haut responsable du département américain du Commerce, qui a informé les journalistes sous le couvert de l’anonymat, a rejeté le rapport publié le mois dernier par le Fonds monétaire international, selon lequel les nouvelles règles d’origine et les dispositions en matière de travail entraîneraient une baisse de la production de véhicules dans les trois pays.

Le nouveau rapport du département ne mentionne toutefois pas les tarifs imposés par le président Donald Trump sur les importations d’acier et d’aluminium canadiens et mexicains — des droits de douane que les deux pays considèrent comme un obstacle à la ratification du nouvel accord.

— Avec l’Associated Press


 source: L’actualité