Comment le libre-échange avec la Chine nous affectera

JPEG - 2.4 Mb
Le libre-échange avec la Chine pourrait aussi poser des défis au chapitre de l’environnement au Canada.

Les Affaires | 1 octobre 2016

Comment le libre-échange avec la Chine nous affectera

Analyse du risque - Silence radio ou presque. Depuis l’annonce de l’amorce des pourparlers de libre-échange avec la Chine, on ne parle pratiquement pas du fait qu’une telle entente aura des retombées positives et négatives. Pourtant, cet accord pourrait bien transformer notre économie, pour le meilleur et pour le pire.

Commençons d’abord par les retombées positives de cet éventuel accord qui prendra quelques années à se négocier.

Pour une économie de la taille du Canada, un meilleur accès au marché chinois - la deuxième économie mondiale et 1,3 milliard d’habitants - est une véritable mine d’or pour des milliers entreprises canadiennes, sans parler des nouveaux emplois qui seront créés, ici, au Québec et dans le reste du pays.

Malgré son ralentissement économique, la Chine communiste est le principal moteur de la croissance économique sur la planète. En 2017, le PIB chinois devrait croître de 6,2%, prévoit le Fonds monétaire international (FMI).

Ceux et celles qui sont déjà allés en Chine savent que les occasions d’affaires sont innombrables dans ce vaste pays, et ce, dans une foule de secteurs.

Toutefois, sept secteurs sont particulièrement prometteurs pour les entreprises canadiennes, souligne l’Étude sur les complémentarités économiques du Canada et la Chine, publiée conjointement par les gouvernements canadien et chinois en 2012 (et mise à jour en 2013).

  • l’agriculture et l’agroalimentaire (poissons et fruits de mer compris)
  • les technologies propres et les biens et les services environnementaux
  • la machinerie et l’équipement
  • les ressources naturelles et les produits dérivés
  • les services
  • les textiles et les produits connexes
  • les infrastructures de transport et l’aérospatial

L’abolition des barrières tarifaires avec la Chine stimulera les exportations dans ces secteurs, sans parler des autres domaines où nos entreprises peuvent répondre à la demande.

En 2015, les exportations du Canada en Chine ont franchi pour la première fois le cap des 20 milliards de dollars canadiens (G$). Par contre, nous avons un important déficit commercial avec l’empire du Milieu. Et cet écart se creuse depuis quelques années.

JPEG - 141.8 kb

Il faut dire que les exportations de la Chine au Canada sont trois fois plus importantes que nos expéditions sur le marché chinois. L’an dernier, les entreprises chinoises ont vendu pour 65,6 G$ de marchandises au pays.

Grosso modo, à l’exception des ordinateurs et des téléphones cellulaires, la Chine nous envoie surtout des produits à faible valeur ajoutée comme des jouets. Toutefois, les Chinois - qui apprennent très vite - fabriquent des produits et des services de plus en plus de grande qualité.

Là où cela risque de faire mal

Regardons maintenant les retombées négatives ou potentiellement négatives pour notre économie.

Il va sans dire que le libre-échange avec la Chine accentuera la concurrence chinoise au Canada. Par conséquent, les entreprises qui en pâtissent déjà vont la ressentir davantage. Bref, ça va faire mal. Nécessairement, des sociétés feront faillite et des travailleurs perdront leur emploi, surtout dans les secteurs à faible valeur ajoutée.

Au Québec, les secteurs de la fabrication de métal et d’équipements lourds sont particulièrement à risque, selon les Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ). Même le domaine des services pourrait aussi subir un jour une sérieuse concurrence de la Chine, notamment dans l’ingénierie et la finance.

Encore une fois, oui, les Chinois font des biens à faible valeur ajoutée, mais ils sont aussi capables de faire de la qualité et de la haute valeur ajoutée. Par exemple, le pays compte envoyer un homme sur la Lune d’ici 2036, soit dans 20 ans.

Ce n’est pas sorcier: pour résister à la concurrence chinoise, les entreprises d’ici devront faire des gains majeurs de productivité. Mais elles ont un certain temps devant elles, car la conclusion d’un accord de libre-échange prendra des années.

Par contre, le Québec part de loin, car il n’est pas vraiment un champion de la productivité parmi les économies développées - les comparaisons avec la Chine sont difficiles à faire.

En 2014, la productivité du travail au Québec s’élevait à 56,20 $ CA l’heure, selon le bilan 2015 du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal. Un niveau qui est beaucoup moins élevé qu’en Allemagne (79,39 $), en France (79,88 $), en Belgique (84,74 $) ou en Norvège (106,16 $).

Pis encore, la productivité québécoise n’augmente pas rapidement.

De 1981 à 2014, elle a progressé en moyenne de 1,02 % par année. Pendant ce temps, celle des Irlandais a bondi en moyenne de 3,43 % par an.

À l’heure actuelle, un travailleur en Irlande produit pour 80,62 $ de valeur de PIB par heure travaillée, soit 30 % de plus que son compatriote québécois.

Environnement et travail

Le libre-échange avec la Chine pourrait aussi poser des défis au chapitre de l’environnement au Canada.

Pourquoi? Parce que l’exploitation des ressources naturelles au Canada va s’accélérer, notamment pour produire du pétrole et du gaz naturel. Il est donc possible que le pays émette plus de pollution et de gaz à effet de serre (GES) afin d’approvisionner la Chine en ressources naturelles.

Or, actuellement, le Canada n’arrive même pas à réduire ses GES.

Enfin, les conditions de travail sont un autre enjeu, car le libre-échange avec la Chine pourrait aussi exercer une pression à la baisse sur elles, selon certains analystes. Pour résister à la concurrence chinoise, des entreprises canadiennes pourraient être tentées de geler ou de réduire les salaires de leurs employés.

Mais dans le même temps, comme les salaires manufacturiers augmentent rapidement en Chine, cette tendance pourrait atténuer à terme des pressions déflationnistes au Canada.

keywords:
source: Les Affaires