Honduras : les assassinats contre les environnementalistes se poursuivent

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CNCD-11.11.11 | 12 juillet 2016

Honduras : les assassinats contre les environnementalistes se poursuivent

par Stephane Compère

Lesbia Yaneth, leader communautaire membre du COPINH (Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras), mère de trois enfants, a été assassinée ce 7 juillet. Quatre mois après l’assassinat de Berta Caceres, qui avait soulevé un vaste mouvement de protestation international, suivi deux semaines plus tard par celui de Nelson Garcia, tous deux également membres dirigeants de la COPINH, on aurait pu penser que les tentatives d’intimidations allaient pouvoir se résorber. Or c’est encore une femme, une défenderesse de l’environnement, une dirigeante communautaire qui a été visée. Dans un communiqué, la COPINH dénonce que « La mort de Lesbia Yaneth est un féminicide politique qui vise à réduire au silence les voix des femmes qui avec courage et vaillance défendent leurs droits contre un système patriarcal, raciste et capitaliste, qui conduit de plus en plus à la destruction de notre planète ».

Cet assassinat s’est déroulé dans un contexte de « consultation » par le gouvernement du Honduras pour l’approbation du projet de loi sur la réglementation du mécanisme de « consultation libre et informé » des populations indigènes prévue par la convention 169 de l’Organisation internationale du Travail (OIT). « Ces réunions dans lesquels le gouvernement entend proposer son projet de loi ont eu lieu dans la ville de Marcala les 4 et 5 juillet », souligne le COPINH. La municipalité où Lesbia Yaneth a été retrouvée morte. Elle luttait contre la construction d’un barrage hydraulique dans la province de La Paz qui, selon la COPINH, aurait des liens avec la présidente du Parti national et vice-présidente du Parlement national, Gladys Aurora Lopez. La COPINH rend le gouvernement hondurien responsable de l’assassinat de Lesbia Yaneth, mais également des autres, pour le manque de protection qu’il doit apporter à tous les défenseurs des droits humains.

Mais on peut mettre en doute la réelle volonté du gouvernement de vouloir les protéger. On peut même se poser la question de son implication et de sa participation à ces meurtres. Dans un récent article du Guardian, un membre d’une troupe d’élite des forces armées honduriennes, formée par les forces spéciales des Etats-Unis, affirme qu’il leur a été remis une liste de noms et de photographies de douzaines d’activistes sociaux et environnementaux, qu’on leur aurait demandé d’abattre. Dans cette liste, apparaitrait le nom de Berta Caceres. Et le soldat d’affirmer qu’il est « certain à 100 % que Berta Caceres a été tuée par l’armée ».

Assassinats d’activistes en hausse

Ces assassinats font dramatiquement partie de la répression croissante des défenseurs de l’environnement dans le monde. L’activiste Gloria Capitan, membre du mouvement philippin pour la justice climatique, a été tuée ce 1er juillet. Dans son rapport de 2015, l’organisation Global Witness fait état de 185 personnes tuées (pour 116 en 2014) pour la défense de leurs terres ou de leur environnement dans 16 pays. Beaucoup de données sont encore inaccessibles et les chiffres sont sans doute très sous-estimés. L’Amérique latine est particulièrement touchée. Le Brésil est en tête de ce macabre classement et après les Philippines, suivent la Colombie, le Pérou et le Nicaragua. La course pour l’exploitation et le contrôle (parfois illégal) des ressources naturelles explique cette augmentation d’assassinats et de violations des droits humains. Tout comme pour Berta et Lesbia, ce sont les communautés isolées, fragilisées, surtout indigènes, qui sont les premières victimes.

Responsabilité européenne

C’est à Tegucigalpa au Honduras qu’a eu lieu mi-juin une rencontre des représentants des gouvernements des pays d’Amérique centrale, de l’UE et des organisations et mouvements sociaux des deux régions pour débattre sur les impacts de l’ « Accord d’association » entre les deux régions, signé en 2012. Ce fut l’occasion pour les organisations de la société civile de présenter le rapport de l’Observatoire des traités de libre commerce en Amérique centrale. Celui-ci démontre que s’il y a eu des effets positifs en termes macro-économiques, les effets négatifs sont supérieurs pour les populations locales. Les accaparements de terre sont en augmentation, de même que les monocultures (sucre, palme africaine, ananas,…) pour l’exportation. Celles-ci accaparent les meilleures terres pendant que les importations pour la consommation locale croissent.

Mais l’aspect probablement le plus important en termes de relation entre les deux régions concerne les investissements européens en Amérique centrale. Ils se concentrent principalement dans les secteurs de l’énergie, des services et de l’extraction (mines, pétrole,…). Ils provoquent conflits sociaux et environnementaux. On se souviendra que c’est pour s’être opposé au projet de barrage hydroélectrique d’Agua Zarca que Berta Caceres a sans doute été assassinée. Ce barrage bénéficiait de l’appui financier de Fonds d’investissements européens (Finnfund – Finlande et FMO - Pays-Bas) qui ont décidé de suspendre leurs activités au Honduras. Il y a donc des liens directs entre investissements et respect des droits humains.

Les organisations sociales soulignent que les entreprises européennes doivent être responsables de l’impact de leurs investissements que ce soit sur l’environnement, les conflits sociaux, l’évasion fiscale, etc. Elles doivent appliquer dans les pays d’Amérique centrale les mêmes standards environnementaux et de respect du droit du travail que ceux qu’elles appliquent en Europe.

source: CNCD-11.11.11