L’Assemblée nationale ratifie l’AECG

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Métro | 14 juin 2017

L’Assemblée nationale ratifie l’AECG

Par Jocelyne Richer

(La Presse canadienne) Le Québec n’a pas réussi à faire l’unanimité autour de l’Accord de libre-échange conclu entre le Canada et l’Union européenne (AECG).

L’Assemblée nationale a ratifié mercredi l’accord international signé en octobre dernier, après sept années de négociations difficiles.

Du coup, grâce à l’élimination de tarifs douaniers, le Québec acquiert en principe un accès plus facile à un marché potentiel de 500 millions de consommateurs européens.

Mais les élus québécois ont affiché leurs divisions sur le sujet: libéraux et caquistes ont voté en faveur de l’accord, les trois députés solidaires et deux indépendants (Gaétan Lelièvre et Martine Ouellet) ont voté contre, tandis que les 24 députés péquistes présents se sont abstenus de prendre position.

Résultat du vote: 84 en faveur, 5 contre et 24 abstentions.

Comme il s’agit d’un domaine de sa compétence, le Québec devait ratifier officiellement l’accord pour y être lié.

Sur le fond, l’opposition péquiste a dit approuver le projet de libre-échange entre le Canada et l’Europe, mais revendiquait un délai de six mois avant de ratifier l’accord, pour donner le temps à Ottawa de bonifier le programme de compensations financières prévu pour les producteurs de fromages, qui risquent de faire les frais de cette entente.

L’opposition péquiste avait donc présenté un amendement à la motion gouvernementale, mais il a été battu.

Mardi, le premier ministre Philippe Couillard avait affirmé qu’il n’était pas question de retarder, ne serait-ce que d’une journée, la ratification de l’accord.

Le vote sur la motion devait avoir lieu mardi en fin de journée, au terme d’un débat de deux heures en Chambre, mais il avait été reporté à mercredi.

«Quelle belle journée! Quel bel accord!», s’est exclamée la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, en déplorant l’attitude de l’opposition péquiste, qui a préféré l’abstention à la ratification.

«Nous sommes un peu estomaqués de voir que le Parti québécois s’est abstenu, cela veut dire que le Parti québécois n’est pas en faveur de la prospérité du Québec», a-t-elle commenté en point de presse, peu après le vote, en disant ne pas comprendre la position péquiste.

«On aurait souhaité que tous les partis votent en faveur de ce développement économique», a renchéri la ministre du Développement économique, Dominique Anglade.

Selon les calculs du gouvernement, 16 000 emplois seront créés chaque année au Québec grâce à cette nouvelle entente de libre-échange. Les secteurs de l’aérospatiale et de l’agroalimentaire seraient les premiers bénéficiaires.

Mais l’industrie laitière et le secteur de la production de fromages ne feront certainement pas partie des bénéficiaires de l’accord, alors qu’on s’attend à ce que 17 700 tonnes supplémentaires de fromages fins européens entrent au Canada. Les exportations de fromages européens vers le Canada vont pratiquement tripler, semant la panique chez les producteurs fromagers québécois.

La ministre St-Pierre a cherché malgré tout à se faire rassurante.

«Il y a des engagements qui ont été pris de façon très, très claire, tant par l’administration Harper que par l’administration de M. Trudeau, pour faire en sorte que nos fromagers soient compensés dans ce grand accord», a-t-elle fait valoir.

Pour atténuer les pertes à venir, le gouvernement fédéral a prévu offrir des compensations financières de l’ordre de 350 millions $ aux fromagers canadiens, principalement regroupés au Québec, qui devront affronter une concurrence féroce des producteurs européens de fromages fins, une fois l’accord entré en vigueur. Le montant a été jugé insuffisant par les producteurs de fromage, qui estiment faire les frais de cette entente.

Au pays, l’impact financier sur cette industrie atteindrait 1,5 milliard $, selon une évaluation de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Les fromagers québécois s’attendent à perdre 150 millions $ par année, en raison des nouvelles règles du jeu tarifaires entre les deux continents.

Tous les parlements européens doivent aussi ratifier l’entente avant qu’elle entre en vigueur.

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source: Métro