L’industrie laitière a été sacrifiée dénonce Pierre Lampron

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Photo: Radio-Canada

Le Courrier du Sud | 1 octobre 2018

L’industrie laitière a été sacrifiée dénonce Pierre Lampron

par Bernard Lepage

AGRICULTURE. C’est avec consternation que Pierre Lampron a pris connaissance du nouvel accord commercial entre le Canada et les États-Unis. Le président des Producteurs laitiers du Canada accuse le gouvernement Trudeau d’avoir utilisé le secteur laitier comme monnaie d’échange.

«Les concessions annoncées pour conclure le nouvel AEUMC (Accord États-Unis – Mexique – Canada) démontrent encore une fois que le gouvernement du Canada est prêt à sacrifier sa production laitière intérieure lorsqu’un accord doit être conclu. Le gouvernement a répété à plusieurs reprises qu’il veut un secteur laitier fort et dynamique. Or, il a encore mis le secteur en péril en accordant des concessions additionnelles», a-t-il dénoncé.

Le nouvel accord prévoit que Canada accorde l’équivalent de 3,6% de son marché aux producteurs laitiers américains. Cette concession déplore Pierre Lampron s’ajoute à deux autres accords commerciaux où un accès au marché canadien des produits laitiers a été concédé: l’AECG (Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne) et le PTPGP (Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste entre le Canada et dix autres pays du Pacifique).

«Ce sont des accords qui ont sacrifié l’équivalent d’un quart de milliard de dollars par année en production laitière au profit des industries d’autres pays», a rappelé l’agriculteur. Pour les consommateurs, chaque concession fait en sorte de remplacer des produits laitiers canadiens par des produits étrangers, fabriqués selon des normes moins élevées que les nôtres, avec des hormones de croissance artificielles par exemple.

Les producteurs laitiers estiment qu’en combinant ces trois accords, c’est maintenant près de 15% du marché canadien qui sera accessible aux marchés étrangers. L’industrie laitière au Canada emploie plus de 220 000 personnes et contribue à hauteur d’environ 20 milliards de dollars par année au produit intérieur brut du Canada. «Le gagne-pain de ces milliers de Canadiens et des futures générations de producteurs laitiers est sérieusement menacé», craint Pierre Lampron.

Réactions à Ottawa

En conférence de presse à Ottawa, Justin Trudeau et la ministre Chrystia Freeland ont indiqué que le mécanisme de compensation des producteurs agricoles et les montants octroyés feront l’objet d’une étude approfondie au cours des prochains mois. Le premier ministre estime que le nouvel accord maintient le système de gestion de l’offre tel qu’il l’avait toujours promis dans le cadre des négociations avec les États-Unis.

Un point de vue que ne partage évidemment pas le Nouveau Parti Démocratique. «C’est une très mauvaise entente pour les producteurs de lait du Québec et de partout au pays. Après avoir promis de protéger les producteurs sous gestion de l’offre, voilà que les libéraux annoncent des concessions, a indiqué Ruth Ellen Brosseau, porte-parole adjointe du NPD en matière d’agriculture et d’agroalimentaire. Le gouvernement Trudeau a désormais offert 3% du marché laitier canadien dans le cadre de l’AECG, 3,25% dans le PTPGP et 3,6% avec l’AEUMC, ce qui signifie d’avoir abandonné 10% du marché laitier en moins de 3 ans».

De plus, en acceptant d’éliminer la classe 7, les libéraux vont permettre à de nouveaux produits laitiers, notamment le lait diafiltré, d’envahir le marché canadien et cela coûtera plus de 200 millions$ aux producteurs chaque année, estime la leader du NPD à la Chambre des communes. «Seulement au Québec, les producteurs sous gestion de l’offre contribuent au PIB à hauteur de 8,7 milliards de dollars et représentent 120 000 emplois de qualité qui soutiennent économiquement la vitalité des régions rurales», a terminé Mme Brosseau.