Les oubliés du libre-échange en Afrique

Les oubliés du libre-échange en Afrique

Oulepo Arnaud
(Étudiant Master 1 Investissement international et développement territorial. Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales de Marrakech)

Si jusqu’à présent les États africains avaient pris pour habitude de procéder a minima dans leurs objectifs de libéralisation en se regroupant au sein d’instances régionales. Le récent projet d’une grande zone de libre-échange mené par le COMESA, SADC et EAC séduit par sa particularité. Toutefois dans sa réalisation il risquerait de faire des "jaloux".
Analyse du choix des partenaires et des enjeux de ce projet.

Réunis le 10 juin 2015 sur la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, 26 chefs d’États et de gouvernement ont procédé au lancement de la zone de libre-échange tripartite (Tripartite Free Trade Area en anglais) entre les blocs régionaux suivants: COMESA, SADC, EAC.

Il s’agit d’un premier pas devant mener à terme à une union douanière comme le mentionne le préambule de l’accord de libre-échange tripartite: "recognizing the Kampala communiqué of the tripartite summit of 22 October 2008....... establish a single customs union beginning with a free trade area".

C’est l’accomplissement d’un long processus débuté le 22 octobre 2008 à Kampala (Ouganda) lors du sommet tripartite entre le COMESA-EAC-SADC. Le 12 juin 2011 les chefs d’États et de gouvernements de ces trois blocs régionaux se réunissaient pour fixer les cadres de négociation d’un tel projet. La négociation reposerait sur trois piliers que sont : le développement industriel, le développement des infrastructures et une intégration des économies.

On comprend aisément l’engouement qu’a suscité ce projet tant les retombées potentielles sont alléchantes. En effet selon les estimations cette zone de libre-échange tripartite devrait générer un PIB d’environ 1.3 milliards USD soit 58% du PIB de l’Afrique. C’est un marché d’environ 632 millions de personnes pour les entreprises et investisseurs soit 57% de la population totale du continent.

Pour une première du genre en Afrique, notre analyse nous amène à nous interroger sur les raisons pour lesquelles certaines entités régionales s’en sont trouvées écarter. Il nous vient à l’esprit l’Union du Maghreb Arabe (UMA), la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou encore la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC).

Est-ce leur manque de compétitivité, de dynamisme, la faiblesse de leurs institutions? La réalité est là: la zone de libre-échange regroupe en son sein les économies les plus performantes du continent (l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Kenya, le Rwanda).

Dans le cadre de l’UMA le politique semble prendre le pas sur l’économie. Le projet de zone de libre-échange entre les pays maghrébins est aujourd’hui lettre morte. Les échanges entre ce groupe de pays sont très faibles.

Pour la CEDEAO et la CEEAC, un exemple est assez édifiant. Les accords UE-ACP ont été conclu dans le cadre d’une dérogation accordée par l’Organisation Mondiale du Commerce. Cette dérogation étant écoulée. Les États sont dans l’obligation désormais de négocier de nouveaux accords conformes aux règles de l’OMC (la clause de la nation la plus favorisée, traitement national, réciprocité). Ces accords prennent la forme d’accord de partenariat économique (APE).

Les pays de ces deux blocs régionaux n’ont pas pu négocier d’une seule voix. A ce jour seuls la Côte-d’Ivoire et la Cameroun ont conclu en 2008 des accords de partenariats économique intérimaires avec l’UE, dans l’attente d’un accord avec l’ensemble du bloc. Ceci pour ne pas perdre certaines concessions dont ils jouissaient.

C’est tout dire sur l’état des relations entre ces pays.

En attendant la zone de libre-échange africaine

La zone tripartite de libre-échange est censée ouvrir la voie à un accord de libre-échange continental (Continental Free Trade Area). C’est donc dire tout l’espoir que le continent fonde sur elle. Un échec à mis parcours viendra saper le moral des partisans du libre-échange.

Les 14 et 15 juin s’est tenu le 25e sommet de l’Union Africaine dont le sujet principal relaté par les médias était l’incident diplomatique qui a été évité. En effet un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale intimait l’ordre aux autorités sud-africaine de procéder à l’arrestation du chef de l’État soudanais Omar El Béchir.

Ce que ces médias ont manqué de relayer c’est que les chefs d’État ont aussi penché lors de ce sommet sur le projet de libre-échange continental devant regrouper l’ensemble des pays du continent.

Cette zone de libre-échange continentale devrait entrer en vigueur à partir de 2017. Cependant nous restons pessimistes quant à l’aboutissement d’un tel projet. Il nécessite des années de préparation, à savoir s’il recevra l’assentiment de l’ensemble des États.

En attendant la CEDEAO, la CEEAC et l’UMA continueront de leur côté à subir les conséquences de leur manque d’unité pendant que la moitié du continent sera sur la voie du développement, de l’intégration régionale.

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source: OULEPO ARNAUD