Subventions aux exportations de produits céréaliers de l’UE à l’Afrique de l’Ouest en 2015 et 2016

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SOL | 16 mars 2017

Subventions aux exportations de produits céréaliers de l’UE à l’Afrique de l’Ouest en 2015 et 2016

par Jacques Berthelot (jacques.berthelot4@wanadoo.fr)

Plan

Introduction : les risques d’explosion des importations de blé
I – Subventions aux exportations de produits céréaliers de l’UE28 en AO en 2015 et 2016
II – Subventions aux exportations de produits céréaliers de l’UE28 en Côte d’Ivoire : 2015-16
III – Subventions aux exportations de produits céréaliers de l’UE28 au Ghana : 2015-2016
IV – Subventions aux exportations de produits céréaliers de l’UE28 au Nigéria : 2015-16
V – Subventions aux exportations de produits céréaliers de l’UE28 au Sénégal: 2015-2016
Conclusion

Introduction : les risques d’explosion des importations de blé

L’Accord de partenariat économique (APE) d’Afrique de l’Ouest (AO) a prévu de réduire à 0 le droit de douane (DD) sur les importations de céréales hors riz venant de l’Union européenne (UE) dès le début de la libéralisation, en année T+5, sachant qu’il n’est déjà que de 5% sur toutes provenances. Même si cette baisse résulte du choix de l’Afrique de l’Ouest et n’a pas été imposée formellement par l’UE, l’APE interdit toute hausse à l’avenir sauf accord temporaire de l’UE.

Le blé est de très loin la principale céréale hors riz importée, au taux de croissance des importations de toutes origines de 5,78% de 2001 à 2013 contre de 2,75% pour la population, soit un taux de croissance de la consommation de blé de 2,95% par habitant (hb), passé de 13,76 kg à 19,50 kg. La prolongation de ce taux de croissance conduirait à une consommation de 55,53 kg par hb en 2050 et à des importations de 44,3 millions de tonnes (Mt) contre 6,5 Mt en 2013 pour une population passant de 334 M hb en 2013 à 798 M en 2050. Déjà la consommation par hb serait de 31 kg en 2030 et les importations de 16 Mt pour une population de 516 M hb, égale alors à celle de l’UE28 qui stagnera.

C’est une perspective insoutenable pour plusieurs raisons, dont l’impossibilité de financer ces importations puisque le rendement du blé plafonne dans les pays exportateurs occidentaux depuis 20 ans, et qu’il devrait baisser avec leur volonté de réduire les engrais chimiques et pesticides. Face à une offre en baisse, le prix du blé ne pourra qu’exploser puisque les pays arabes et d’Asie occidentale auront plus de pouvoir d’achat pour importer faute de disposer des possibilités écologiques de l’Afrique subsaharienne pour diversifier leur production alimentaire. Le changement du régime alimentaire de l’AO s’impose d’autant plus qu’il est indispensable d’augmenter les emplois ruraux – la population rurale passant de 169 M en 2010 à 221 M en 2030 et 255 M en 2050 –, donc la production des céréales locales et tubercules en les protégeant de la concurrence du blé importé. Cela est d’autant plus justifié pour les importations venant de l’UE – largement dominantes dans les pays francophones d’AO – que celle-ci les subventionne très fortement comme le montre le présent document.

Plusieurs efforts ont été faits dans certains pays d’AO pour tenter de réduire les importations de blé, notamment en incorporant un minimum de céréales locales dans les baguettes de blé. C’est notamment le cas au Sénégal où l’ASPRODEB (Association sénégalaise pour la promotion du développement à la base, bras opérationnel du CNCR, Conseil national de coordination des ruraux) mène un projet conjoint avec la Fédération des boulangers et l’Institut de technologie alimentaire, financé par la Banque mondiale, pour des pains incorporant 15% de céréales locales . Si l’ASPRODEB vise surtout les consommateurs urbains, SOL y forme depuis 4 ans les boulangers ruraux informels avec des pains incorporant 30% de céréales locales . Malgré les aspects très positifs de ces actions, elles nécessitent cependant des importations majoritaires de blé et l’AO devrait promouvoir parallèlement la consommation de produits vivriers sans blé, à l’instar des pays d’Amérique latine, où la tortilla de maïs reste la consommation dominante au Mexique et en Amérique centrale et des pizzas de manioc au Brésil. Complétés par des haricots (le niébé d’AO) ces deux produits permettent une alimentation équilibrée et bien moins cher que le pain ou les pâtes alimentaires de blé.

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source: SOL