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Entretien avec le Pacific Network on Globalisation (PANG)

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Entretien avec Lice Cokanasiga et Adam Wolfenden du Pacific Network on Globalisation (PANG)

14 novembre 2019

par bilaterals.org

bilaterals.org : A quel stade se trouve le processus de ratification du PACER+ (Accord du Pacifique sur les relations économiques), signé en 2017 ?

PANG : Jusqu’à présent, seules l’Australie et la Nouvelle-Zélande l’ont ratifié [le Samoa a ratifié l’accord après la date de l’entretien]. La Papouasie-Nouvelle-Guinée, Fidji, Palaos, les Îles Marshall, la Fédération de Micronésie, ou bien ont quitté les négociations ou n’ont trouvé aucun intérêt à le signer. Ensuite, des pays comme les Îles Cook, qui sont considérés comme des pays développés, pensent qu’il n’est pas certain qu’ils puissent avoir accès à l’aide au développement prévu dans l’accord. Il est assez difficile de trouver des informations sur l’état d’avancement du processus de ratification dans certains pays, mais il semble que les choses avancent lentement. L’échéance initiale pour l’entrée en vigueur était le début de l’année 2019, mais on peut constater que cette échéance n’a pas été respectée.

Quels sont les principaux enjeux ?

Les pays du Pacifique se sont engagés à réduire 88 % des lignes tarifaires en moyenne, 99 % dans certains secteurs. Une large libéralisation du secteur des services est prévue, ainsi que qu’en matière d’investissements. C’est un accord global, ce qui signifie une restructuration importante de leur économie, sans contrepartie significative pour eux. Ils avaient déjà un accès sans droits de douane au marché australien. L’aide au développement est très faible et provient en fait des budgets d’aide déjà existants. Il y a donc des coûts élevés pour les pays du Pacifique avec très peu de gain.

Quelles sont les préoccupations spécifiques des pays du Pacifique ?

La Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Fidji étaient particulièrement préoccupées par le chapitre sur les marchandises, en rapport aux mesures de sauvegarde et de protection de leur industrie, ce qui explique probablement pourquoi la PNG et les Fidji se sont retirées. En ce qui concerne l’investissement, je pense que les pays ont été amenés à penser que les accords de libre-échange (ALE) apportent plus d’investissements et que, s’ils signent le PACER+, cela leur apportera plus d’investissements étrangers, même si nous avons essayé de leur expliquer que ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. Les gens ne prennent pas les décisions d’investissement uniquement en fonction des ALE, et le problème avec le PACER+ est qu’il restreint la capacité des gouvernements à orienter un investissement, et les exigences que ces gouvernements peuvent imposer à un investissement, de manière à ce que les avantages soient maximisés. Prenons le tourisme, par exemple, il y a bien sûr des emplois non-qualifiés dans ce secteur, mais si vous exigez qu’il y ait des quotas de travailleurs locaux pour les personnes qui occupent des postes de direction et qui ont des compétences plus avancées, alors cela devient bien plus avantageux pour tout le monde. L’autre chose, c’est les recettes publiques qui ont toujours été un problème pour beaucoup de pays, pour Vanuatu en particulier. Ils ont fait de l’octroi d’une aide budgétaire pour certains secteurs un critère de ratification de l’accord.

Le PACER+ est-il prioritaire pour l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, par rapport au RCEP (Partenariat régional économique global) et au TPP (Partenariat transpacifique) ?

De toute évidence, le retour sur investissement du RCEP et du TPP est pour l’Australie beaucoup plus élevé que celui du PACER+. Mais la genèse du PACER+ est plus pour la Nouvelle-Zélande et l’Australie de maintenir leur domination commerciale, en particulier sur les services et les investissements. Quant aux marchandises, ils savent qu’ils vont lentement perdre leur position face à la Chine sur le commerce des biens. Si vous regardez l’histoire du PACER, c’était un accord-cadre qui disait essentiellement : si un pays du Pacifique négocie un accord commercial avec un pays développé, il doit proposer à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande la même chose. Lorsque les accords de partenariat économique avec l’Union européenne ont été conclus, ils ont, en quelque sorte, déclenché cette clause avec le PACER. C’est ainsi que les négociations PACER+ ont débuté. Mais ce n’est pas non plus un marché insignifiant pour la Nouvelle-Zélande et l’Australie, et elles ne veulent pas le perdre à cause de la proximité et de l’histoire coloniale.

Quels types de mouvements sont impliqués dans la lutte contre le PACER+ ?

A PANG, nous comptons sur le soutien d’autres entités venant d’horizons variés. Lorsque nous avons présenté des pétitions, en tant que réponse régionale, nous avons reçu beaucoup de soutien de la part de groupes nationaux et régionaux. Les groupes féministes, en particulier, ont toujours été très forts sur la nature des accords de libre-échange et sur les questions économiques et patriarcales. Mais cela dépend aussi des pays et de la manière dont les groupes sont coordonnés. Au Vanuatu, par exemple, nous bénéficions du soutien du Conseil des chefs et du secteur privé.

En ce qui concerne les pourparlers de l’accord post-Cotonou, où en sont-ils ?

Il est difficile d’avoir accès à tous les documents auxquels nous aimerions avoir accès. Les mandats de négociation ont été publiés par l’UE et les ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) et le langage est assez affligeant. Les objectifs de l’UE sont essentiellement une extension du commerce dans le cadre des APE (Accords de partenariat économique), de leur politique sur les minerais, de l’accès aux ressources du Pacifique, aux fonds marins et à la pêche, pour s’assurer qu’ils ne soient pas exclus. Le langage commercial est très agressif. Il s’agit avant tout de mettre en place une réforme de la réglementation, comme la transparence, la consultation, etc., et la création d’un environnement favorable aux investisseurs. Tout est pro-business. Mais c’est aussi assez décevant du côté des pays ACP. Ils semblent être d’accord sur le fait que la libéralisation du commerce apportera des avantages, même s’ils disent qu’ils ne veulent pas non plus prendre des engagements OMC+. D’une part, ils demandent de l’aide technique et des fonds pour mettre en œuvre des engagements pris dans d’autres cadres, et ils souscrivent aussi à l’idée qu’ils ont besoin d’attirer des investisseurs étrangers. Dans un autre ordre d’idées, les pays ACP voulaient négocier en bloc pour essayer de peser plus fort de par leur nombre, mais l’UE a assez rapidement mis fin à cette possibilité, de sorte que les négociations se fassent avec des piliers régionaux. Les discussions avancent, d’après ce que nous ont dit des fonctionnaires. Il y a encore une certaine controverse au sujet du chapitre sur le développement inclusif et durable, qui traite de tous les aspects commerciaux. Les organisations de la société civile du Pacifique ont publié une déclaration, qui a été bien accueillie car elle est claire et structurée. L’expiration de l’accord de Cotonou arrivant en 2020, il y a de la pression pour conclure les négociations à temps.

Qu’en est-il de l’influence de la Chine dans la région, notamment dans le cadre de l’initiative de la Ceinture et de la Route ?

Actuellement, sept pays du Pacifique reconnaissent officiellement la Chine, à savoir la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Vanuatu, Fidji, Tonga, Nioué, les Îles Cook, Samoa et, plus récemment, les Îles Salomon.

La présence et l’influence de la Chine gêne beaucoup les partenaires économiques traditionnels du Pacifique, à savoir l’Australie, les États-Unis, la France et la Nouvelle-Zélande. La réactivité de la Chine aux demandes de prêts, principalement pour la construction ou la reconstruction d’infrastructures, pose également beaucoup de problèmes à l’Australie, parce que, en juillet 2019, l’Australie a lancé le mécanisme australien de financement des infrastructures, dans le cadre de son engagement dans le Pacifique, "Step Up". Par exemple, l’Australie s’est également plainte d’un nouveau port qui a été construit à Luganville à Vanuatu, financé par les banques et le gouvernement chinois. La proximité de Vanuatu, par rapport à l’Australie, a suscité des inquiétudes sur le plan de sécurité et et la possibilité que la Chine établisse une base navale à Luganville.

En novembre 2018, la PNG a accueilli le sommet de l’APEC, où le premier ministre O’Neill a invité les dirigeants des îles du Pacifique à une séance avec le président chinois Xi Jinping. A l’issue de cette réunion, les Tonga ont pu reporter de cinq ans le remboursement de leurs prêts. Les Fidji se sont engagées à adhérer à l’initiative de la Ceinture et de la Route mais n’y ont pas participé.

La Chine a augmenté ses prêts aux Fidji, à Vanuatu, à la PNG et à d’autres pays. Mais l’Australie reste le premier partenaire de développement des îles du Pacifique, à moins qu’un prêt chinois prévu pour reconstruire les routes et les infrastructures de la PNG ne se matérialise, et la Chine prendra alors le relais en tant que premier partenaire de développement dans la région.

Les investissements chinois couvrent les écoles et les installations sportives, les projets hydroélectriques, l’immobilier et les services, les ressources naturelles comme la pêche, l’or, le cuivre, la bauxite et les routes.

En 2016, deux échanges commerciaux entre la Chine et les îles du Pacifique étaient évalués à 7,5 milliards de dollars américains. [1]

Contact de PANG : campaigner@pang.org.fj (anglais seulement)


 source: bilaterals.org